Cette semaine, on a décidé de s’intéresser à un fléau 2.0 : le stalk. Pour ce faire on a rencontré différentes personnes, garçons et filles, aussi bien trentenaires que cru 1995, en couple ou collectionneur.euses de conquêtes, afin d’en savoir un peu plus sur cette pratique qui nous concerne tous.

Mais en faite c’est quoi le stalkage ? 

La Frasque : Hello tutti, est ce que vous avez sur vous une définition du stalkage?

Elisa 28 ans en couple depuis 8 ans, Community Manager – Pour moi c’est un pouvoir : récupérer des informations. Mais comme tout pouvoir il y a un coté obscur. Comme dirait Benjamin Parker dans Spiderman, un grand pouvoir amène de grandes responsabilités. Qu’est ce que tu vas foutre de toutes ces informations ?

Barbara 25 ans célibataire, étudiante – Pour moi c’est une activité consistant à épier la vie d’autres personnes sans vouloir être démasqué. Ne pas être démasqué, ça c’est ultra important.

Yassine  30 ans, Célibataire, Consultant – Je pense qu’il y a deux types de stalk. Le pur et dur : tu veux stalker la personne, tu regardes sa dernière connexion sur whatsapp/ insta/ messenger. Tu veux le tracker. Ensuite, il y a celui en mode recherche : retrouver quelqu’un par exemple. Dans le domaine professionnel ça m’a servi plusieurs fois, ça peut être même valorisé, sauf quand le recruteur se rend compte que t’es parti bien plus loin que le linkedin et que tu lui dis que t’adores les lévriers.

Henri 29 ans, en couple depuis 2 ans, commercial – C’est du gossip que tu réalises seul. Personne ne te parle de quelqu’un, c’est simplement toi qui creuse ce que tu peux trouver. Pour moi, c’est très pervers.

Fiona 23 ans, célibataire, étudiante – C’est rechercher de l’information mais de manière agressive. C’est une sorte de plaisir coupable, on le fait mais on n’assume pas vraiment.


Et d’ailleurs pourquoi stalker ?

Pour nos participants  le stalk c’est donc épier sur les réseaux sociaux de manière anonyme. Mais qu’en est-il de leurs motivations, qu’est ce qui les pousse à épier les gens ? 

La Frasque –  Pourquoi stalker vous ? Avez-vous toujours un intérêt précis à aller épier la personne sur les réseaux ?

Célia, 27 ans célibataire, médecin – Je stalk pour obtenir des réponses à certaines questions que je me pose, sur une personne que j’ai fréquenté par le passé, que je fréquente actuellement ou que je suis sur le point de fréquenter. Pour ces derniers, on peut utilement s’interroger et se demander quel est l’intérêt de savoir que ton date exerce tel métier dans telle ou telle boîte depuis x temps alors que tu le vois ce soir, et qu’il finira probablement par te dire « je fais ça dans la vie ». Peut-être la perspective d’améliorer mon jeu d’actrice : « Ah oui, ça à l’air intéressant comme job, et dis moi tu bosses là depuis quand ? » Enfin, je stalk pour les copines, faut dire ce qui est : je suis plutôt bonne à ce jeu là !

Enzo 25 ans, célibataire, Barman – Parfois, je me perds sur les réseaux tel un voyeur et je me demande comment je suis arrivé là.  C’est assez intuitif mais très impulsif aussi, jouissif. Ca m’est arrivé de dresser rapidement entre plusieurs targets des listes des pour et contre en fonction de leurs profils.

Yassine –  Y’a le coté à portée de main, je le fais car c’est pas très compliqué et ça devient très vite un reflex. Après si j’ai une meuf en tête cela peux me permettre de capter le contact. Ça m’est déjà arrivé d’avoir un pote qui me disait  » Ouai j’ai rencontré une meuf au taff, mais je comprends pas je la retrouve pas sur Facebook ». Pourtant, moi j’ai pu la retrouver via Linkedin en faisant le lien avec des gens qu’elle pouvait potentiellement connaître . Ça devient limite un challenge. Je le fais pas à titre perso, je trouve ça vite pervers car finalement maîtriser l’info n’influera en rien sur ta maîtrise de la situation dans le monde réel.

La Frasque – Une sorte de  » Qui est-ce »  dans le monde réel  en quelques sortes ? 

Wendy 26 ans, en couple depuis quelques mois, free lance dans la mode –  On le fait autour de moi. Si on est en groupe et qu’on parle de quelqu’un, instinctivement on va aller mater ensemble mais  moi je ne le fais pas quand je suis seule cela ne m’intéresse pas. Une fois je l’ai fait, à propos d’un collègue de travail. C’était drôle, mais dans mon cercle perso, je ne vois pas trop l’intérêt car j’ai déjà l’impression de connaître tout de mes potes. Pourtant je suis active sur les réseaux,  je scroll sur Facebook, sur Instagram mais jamais au point d’aller chercher volontairement des infos.

Juliette 28 ans en couple depuis 11 ans, assistante sociale – Je le fais et je pense que la plupart des gens le font pour se comparer. C’est beaucoup pour se rassurer, telle personne à mon âge, qu’est ce qu’elle devient, qu’est ce qu’elle fait dans sa vie ? Cette espèce de curiosité avec un esprit de comparaison derrière. Moi je vais plus aller sur le profil des meufs que des mecs. C’est surement parce que je suis en couple depuis longtemps et que j’ai pas forcément de vue sur quelqu’un d’autre. Pour résumé, je vais stalker mes amis et puis après peut être second, troisième cercle. 

Barbara –  Je stalk rarement. Si je le fais c’est exclusivement des histoires de mecs nouveaux, d’un désir de vérifier sa vie, ses relations. Ou encore faire le point sur les filles qui tournent autour du mec car bon, on ne sait jamais il vaut mieux avoir les infos.

Juan 27 ans, célibataire directeur commercial – Je ne stalk pas. Pendant mon temps libre, je vais directement parler aux gens sur les réseaux sociaux. Je ne regarde jamais mon feed ou alors très peu. Ca ne m’intéresse pas.


On est bien d’accord, regarder le feed de votre facebook, même par ennui sans la volonté d’aller rechercher des informations sur quelqu’un ça peut s’apparenter à du stalk. La preuve, Juan ne scroll même pas son fil d’actu, c’est bien que ça ne l’intéresse pas.


La Frasque – Et concrètement, y-a t’il victimes parmi vous ?

Yassine – Impossible, je fais tout pour ne pas l’être. Tout est verrouillé chez moi. Quand je connais pas j’accepte pas et je m’assure de n’avoir aucun doute sur les personnes qui me suivent.

Henri – En théorie, le stalk n’implique pas de victime car, la personne épiée n’est pas censée le savoir. Après, on fait face aujourd’hui à la multiplication des story et je vois souvent des comptes des meufs qui matent mes storys sans me suivre. Un jour j’ai même une ancienne pote avec qui je me suis brouillé qui a regardé ma story depuis le compte de son frère de 13 ans.

Arnold 25 ans, célibataire manager dans une boutique de prêt à porter – Ouais classique.  Moi, mon ex utilisait le compte de sa meilleure pote. Après avoir cassé, son amie s’est mise à me suivre et regardait fréquemment mes storys.

La Frasque –  Quel est vôtre pire souvenir ou angoisse de stalk ?

Celia –  Je n’ai pas de pire souvenir de stalk mais je dirais que le pire du stalk c’est quand le stalk te revient en pleine gueule. Tu cherchais une information et tu finis par la trouver et généralement ça fait mal (mensonge, tromperie, et vas y qu’il s’est remis avec son ex…. et vas y qu’il file le parfait amour ! ).

Elisa – J’ai pas de mauvais souvenir par contre il y a un truc qui me fait halluciner c’est la manière dont on peut se perdre dans les profondeurs du stalk. Ca m’est arrivé plein de fois de me perdre sur Instagram ou sur Facebook. Je fais ça machinalement – comme si j’étais guidée inconsciemment par l’intuition. C’est très angoissant…

La Frasque – Bien plus que l’assouvissement d’une curiosité mal placée, on voit donc que le stalk à un impact bien plus pervers…

Fiona – Oui, surtout sur les relations amoureuses. Il y a plus d’expositions, plus d’opportunités en tout genre. Je me souviens avoir stalké le score snapchat de mon ex, c’est pour te dire ! En fait, ça te pousse à avoir un niveau de déduction maladif.

Yassine –  Le stalk entraine une perte de spontanéité. Si tu regardes ce que fait ton mec ou ta meuf durant la journée,  qu’as-tu quoi à lui raconter le soir ? Au delà des messages intempestifs qui ruinent déjà bien le délire du couple, c’est l’angoisse. 

Elisa – Le stalk peut entrainer une déviance à partir du moment où c’est complètement compulsif et que cela rythme un peu ta manière de faire dans tes relations avec les gens. Comme on la dit, stalk ça reste un pouvoir. Le hic c’est d’user de ce pouvoir au point qu’il en devienne une arme. A un moment donné, lorsqu’on te bloque certaines infos, ça peut encore plus devenir obsessionnel et tu es prêt à aller récupérer les moindres petites bribes d’informations que tu as pour en déduire quelque chose.

Juliette – Oui il y a un accès à l’information anxiogène. Tu n’en ressort rien de positif. Surtout pour les plus jeunes d’entre nous qui n’ont peut être pas encore le recul dessus.


Profession : stalkeur professionnel

La Frasque – Apparemment le stalk est un art, vous avez des techniques ?  

Yassine – Oui, en fonction de l’âge des personnes à stalker il faut savoir ajuster. Par exemple, pour les vieux à part copain d’avant, t’as rien comme informations. Après, plus la personne à stalker est vieille, moins elle est agile avec les internets et donc plus easy à stalker !

Fiona – Oui, je me souviens avoir créé un nouveau compte Facebook sur lequel j’avais ajouté randomly des gens et mon ex, puis,  j’avais désactivé toutes les notifs dans le feed, sauf celles de mon ex. Une vraie malade, mais au moins j’avais que des infos sur lui.

Celia – Les techniques sont toutes connues. Je dirais juste que la technique doit être bonne, rien de pire qu’un mauvais stalk qui te fait perdre ta dignité. Moralité, il ne faut pas être trop gourmand. Si tu as obtenu quelques infos, faut pas creuser trop profond, parce qu’au final tu finis par te faire griller. Il faut s’avoir s’arrêter avant d’aller trop loin. A titre d’exemple : – Stalker ton ex ou sa copine : normalité – Slaker une ex de ton ex : normalité limitée – Stalker toutes les ex de ton ex : absence de normalité – Stalker les amies des ex de ton ex : folie !

La Frasque – Ok la ça va un peu trop loin. Quoique, au final c’est proportionnel au niveau de folie de chacun. Est ce que vous avez honte, est ce que vous regrettez ou simplement est ce que vous  voudriez arrêter?

Ludivine, 20 ans barista en couple depuis 2 ans – Je regrette parce que ça a déjà mis à mal mon couple. Si de base t’es un petit peu dérangé et que tu as des facilités à te faire des films, cela peut très vite dégénérer pour rien. A titre de comparaison, parfois lorsqu’on discute avec quelqu’un par sms, on ne sait pas de quelle manière sont dites les choses. On a pas la personne en face de nous, on sur-interprete déjà. Alors là, t’es la tierce personne de la conversation, personne t’a invitée, tu cables direct !

Fiona – Ça dépend. Je n’ai pas honte, quand on a pas accès à une info par le biais de la personne il faut aller la chercher autrement. Je regrette quand je me fais du mal ou que je craque et que j’embrouille mon mec sur des faits au point de passer pour une folle en mode « ELLE T’A LIKE, ET TOI AUSSI!! JE T’AI VU T’AS FOLLOW UNE NOUVELLE MEUF ». Quand ça se passe, oui je voudrais arrêter parce que ça devient obsessionnel.

Nicolas 26 ans, en couple depuis 1 an, informaticien – En fait ce qui me saoule c’est qu’avec ces nouveaux médias t’as accès à des informations de manière spontanée. C’est le cas des storys.  J’ai déjà bloqué la story de quelqu’un car je ne voulais pas que l’info vienne à moi comme ça. Je fais souvent ça pour des targets quand je préfère ne pas savoir et privilégier le côté naturel des débuts de relation ou de convoitise par exemple. Par contre, dans l’esprit j’unfollow pas mes exs indéfiniment mais au début de la rupture si. Je ne veux pas ajouter de l’huile sur le feu gratuitement.

Elisa – Moi avec mon ex, même en couple, on s’était hidés. C’était plutôt une bonne chose mais je trouvais ça triste qu’on en arrive là. Après c’est aussi parce qu’il y avait un manque de confiance d’un des deux cotés. Je comprends Nicolas sur le mécanisme du blocage. Je bloc systématiquement tous les gens sur mon feed Facebook par exemple. On est entré dans une société où l’on se compare systématiquement. Peut être que c’est plus un truc de fille aussi mais je préfère ne pas voir la vie des gens, sauf cercle très proche. Au final t’as accès à de l’information sans avoir les clefs d’interprétations qui vont avec. Et aussi, avec cette histoire de storytelling ça devient fatiguant. C’est un peu fake !

Célia – No shame, no regrets ! Je n’ai aucun stress à dire à la personne stalkée qu’elle l’a été et on finit généralement par en rigoler.

Barbara – Les regrets arrivent au final lorsque tu apprends quelque chose que tu ne souhaitais pas tellement savoir ou que tu interprètes mal des images.

La Frasque – Intéressant ce truc “ c’est surement un truc de fille” – Est ce que vous pensez que le sexe opposé le fait plus ou moins ?

Yassine – Les femmes le font autant que les hommes.  Les filles le font surement pour se rassurer, se comparer, les mecs le font plus par curiosité. Les mecs le font aussi par repérage. Nous on se moque du gossip on veut établir du profil. Ça me permet de pouvoir retracer son parcours.  Bon, tu perds surement en spontanéité après… Malgré tout ce qui va compter à la fin des fins c’est comment tu vas interagir avec elle.

La Frasque – AHAHAHAH tu fais du profilage ?

Barbara – Tout le monde stalk à sa manière, y compris le sexe opposé. Ils le font mais de manière différente. Ils veulent savoir ce qui se passe dans la vie de leurs copines, ou filles qu’ils ont apprécié. 

Arnold – Oui, elles le font, on le fait. Par contre la grosse différence c’est que les filles se stalkent entre elles pas les mecs.

La Frasque – Le stalkage peut aussi faire partie d’une stratégie de manipulation – Faites-vous en sorte d’être stalké ?

Célia – Non, mes réseaux sociaux sont fermés précisément parce que je tiens à ce que ma vie reste privée. Je sais à quel point il est facile de stalker une personne. Et je n’ai pas envie d’être stalkée par un ex et encore moins sa copine (actuelle, passée ou futur) ! Malheureusement, on a beau tout verrouiller, ce n’est pas toujours les cas de notre entourage qui peut s’avérer être LA faille dans la chaine du stalkage et font de nous des proies faciles pour les stalkeuses !

Henri – Parfois oui. J’ai pu faire en sorte de le faire pour communiquer là dessus à destination de quelqu’un.

Yassine – Ouai alors moi c’est chelou je le fais, mais je vais jamais vérifier si les ou la personne concernée ont vu ma story. C’est comme si j’étais juste satisfait d’avoir simplement fait passer mon message sans en être sur. J’envoie en quelque sorte une bouteille à la mer. Ça me rassure car ça rentre quelque part dans ma logique de rester spontané. Je ne vérifie jamais qui matte mes storys sur insta ou snap.

La Frasque – Le stalking avant c’était comment ?

Elisa – Déjà je pense que c’était mieux. Comme je le disais, maintenant tout est faussé car même quand c’est pas du mytho c’est storytellisé à mort. Les gens te racontent des petites histoires parce qu’ils savent qu’à un moment ou un autre quelqu’un viendra regarder. On le fait un peu tous, on instagrammise son brunch du dimanche alors que c’est une malheureuse tranche de jambon et quelques oeufs brouillés.

Juliette – Je me souviens qu’il y a quelques années aussi il y avait déjà ce phénomène de stalk avec les skyblogs, msn et les notifications en tout genre (BBM Blackberry Messenger pour les ignorants).

Nicolas – De base l’humain adore épier, je pense que si on réfléchit bien il devait il y avoir une tonne d’exemple sur le stalkage 1.0. Tant que les gens aimeront stalker, et que nous aimerons étaler notre vie, le stalkage continuera. Avec le déploiement de la réalité augmentée, je n’ose même pas imaginer dans quelles conditions ça va évoluer tout ça !

La Frasque – Merci à tous, merci pour vos propos. Afin de ne pas mettre à mal vos futurs parties de stalk, tous ces propos ont bien évidement été anonymisés !

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