En 1958, le photographe et directeur d’un magazine d’art Art Kane avait coordonné une photo de groupe avec 57 des meilleurs jazzmen du monde. Le but était d’illustrer un simple article dans le magasine Esquire. C’était sa première photo professionnelle et c’est un des cliché les plus fous du siècle.
Car il ne faut pas s’y méprendre: Faire une bonne photo avec une personne, c’est du travail et il faut du talent. Faire une bonne photo avec un artiste reconnu, qui arrive en retard qu’il faut gérer c’est encore autre chose. Alors clairement 57 Jazzmen dans la fin des années 50 qui pensaient que le haut taux d’alcoolémie aidait dans le processus artistique, c’est une vraie prouesse.

On peut parler d’un « classique » pour l’époque et la culture afro-américaine : Harlem, un groupe devant un grand bâtiment. La photo, intitulée « Harlem 58 » a été le Mao de la Chine ou le Staline de l’URSS : elle était partout dans le quartier. Chez les coiffeurs, dans les restaurants, barbiers et autres bars. Toute personne noire ayant vécu à Harlem à cette époque à vu cette photo plusieurs fois par jours pendant des années. Au tant dire qu’elle faisait partie de la culture populaire. Il y a plusieurs époques de musiciens qui sont représentées dans cette photo, la scène musicale de l’époque à Harlem était pleine d’une énergie incroyable.

A noter qu’il y a pleins de kids sur la photo. On pourrait penser qu’il s’agit des enfants des artistes, ce qui n’est pas totalement faux car le deuxième enfant sur la droite est celui de Taft Jordan et s’appelle Taft Jordan Jr (il y a tellement de vannes acides me viennent que je préfère ne rien dire). Tous les autres enfants sont tout simplement des enfants du quartier. En gros ils ont pourri le shooting, crié, volé les chapeaux, ça pleurait, deux mômes se sont battus, très bonne ambiance en gros. La solution pour calmer les kids du quartier a été de les faire participer carrément à la photo. Pour la liste des artistes en voici une partie. Je vous invite à écouter leur musique, beaucoup de leurs albums trouveront une place dans vos playlist « Sexundertherain » : Red Allen, Buster Bailey, Count Basie, Emmett Berry, Art Blakey, Lawrence Brown, Scoville Browne, Buck Clayton, Bill Crump, Vic Dickenson, Roy Eldridge, Art Farmer, Johnny Griffin et beaucoup d’autres.

A great day in

Jusqu’ici tout va bien, je ne fais que raconter l’histoire d’une des photos de groupe les plus folles du 20ème siècle. L’un des côtés fou de cette photo c’est qu’elle a eu une suite. En 1991 le photographe Gordon Parks qui bossait à l’époque pour le magazine XXL (pas le truc de nopor pour teen, le magazine de hip-hop). Inspiré par la photo « Harlem 58 » il a réuni 177 rappeurs représentant le passé, le présent et le futur du rap-jeux américain. Ils viennent de partout, East Coast, West Coast, Southern et Midwestern. A Tribe Called Quest, De La Soul, Jermaine Dupri, Canibus, Fat Joe, Da Brat, Wyclef, Pras, Kool Herc, Grand Master Flash, Onyx, E-40, Mack 10, Crucial Conflict, Run-DMC, Slick Rick, Goodie MOB, Luke, Kool Moe Dee, Heather B, Paula Perry et les mecs du Wu Tang Clan pour ne citer qu’eux. Contrairement à son ainé il manque beaucoup de grands noms sur cette photo. Lauryn Hill est arrivé en retard mais avec son fils Zion qui lui a inspiré une des chansons les plus fraîches de tous les temps, donc on lui pardonne. Mais elle n’apparaît pas sur la photo tout comme Ras Kass qui a demandé à ce qu’on le rajoute en post-prod sur la photo. Le photographe a refusé (haha).

Si vous voulez en voir plus sur l’ambiance et le déroulement voici un mini reportage en trois parties sur cette journée historique et pleine d’émotions pour le hip-hop, le jazz mais surtout pour Harlem.

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Written by Ludovic Mazarin
Rudeboy, In the rhythm of life.