Au début des années 2010 un nouveau sous-genre du rap fait son apparition sur internet alliant sonorités vaporeuses, auto-tune et paroles frôlant parfois le non-sens. C’est le rappeur Lil B qui nommera ce courant musical « cloud rap » durant une interview un peu perchée. En 2011 A$AP Rocky envahit les ondes et les écouteurs des aficionados du rap jeu. Sa musique aux sonorités différentes plait et son esthétique se rapproche de ce mouvement « cloud rap ».

À la même période, c’est de l’autre côté de l’atlantique, en Suède plus précisément que le cloud rap prend un tournant viral. C’est grâce à un petit kid suédois qui sort ses sons sur un label on ne peut mieux nommé SadBoysEntertainment. Yung Lean de son nom de scène, est un artiste estampillé cloud rap et c’est grâce à son originalité et ses rimes mélancoliques qu’il conquit le cœur et les oreilles de nombre d’internautes. (NB : il vient de sortir son dernier album Stranger en 2017 et sera en tournée en Europe et aux US à partir du 2 décembre). Il sera imité outre atlantique par un autre teenager du Minnesota Spooky Black qui se fait maintenant appeler Corbin dont les drops Soundcloud et les clips psyché vont conquérir une fan base désormais avide de cloud rap.

Le mouvement s’installe donc petit à petit des deux côtés de l’Atlantique, mais c’est seulement en 2015 que ce phénomène commence à s’installer en France.

2015 – PNL n’aime QLF

C’est en 2015 que le cloud rap pose question en France avec la popularité du groupe PNL dont les sonorités et l’esthétique cassent avec les codes du rap français. Porté par la nouveauté des beats de PNL, lents et délicats, le journal Le Monde ira jusqu’à décrire ce nouveau genre musical comme « la grâce d’un low tempo » doucereux et de{s} voix mélodieuses, trafiquées sur logiciels ».

Cependant, il en faut plus aux médias musiques traditionnels pour être convaincus de l’existence d’un vrai « mouvement » cloud rap. En effet, ne sachant clairement identifier ce qui fait qu’un son appartient au cloud rap, les médias s’interrogent sur la légitimité de ce nouveau genre musical. Ne serait-ce pas simplement une belle arnaque créée par internet qui ne renvoie pas précisément à un style à part entière ? L’éternel débat entre phénomène de hype ou naissance d’un nouveau sous genre musical est posé.

Les hipsters allemands fada de cloud rap

Si le rap allemand n’est définitivement pas la tasse de thé de tous les européens, ils n’ont pourtant pas attendus notre accord pour s’approprier et consolider ce sous-genre musical. L’esthétique un peu perchée, vaporeuse et auto-tunée a été reprise par de nombreux artistes germanophones dont la majorité figure sur le collectif/label Berlinois Live From Earth. On y retrouve le rappeur autrichien en vogue Yung Hurn dont l’album Love Hotel sorti en mars 2017 est une pépite, mais aussi Caramelo et son très planant « Schwimmen geh’n ».

Cover de l’album Love Hotel de Yung Hurn, cloud rapper allemand à l’esthétique bien chelou mais dont la musique vaut le détour

Le cloud rap une vibe chill sur le rap plus qu’un nouveau sous-genre

Malgré la semi hype berlino-suédoise autour des sonorités cloud rap, on ne peut actuellement pas parler d’un nouveau genre musical. En effet, le courant n’est pas assez homogène. Si les cloud rappeurs berlinois et suédois se ressemblent autant dans leur esthétique visuel et par leurs textes souvent peu sérieux, ça n’est pas le cas pour les français qui gardent une approche des lyrics beaucoup plus travaillée tant dans le fond que dans la forme. On peut même subdiviser encore plus le mouvement français tant l’esthétique visuel de PNL n’a rien à voir avec celle d’un Josman ou d’un Jordee. Aux États-Unis les lyrics de A$AP ne se rapprochent ni de ceux de PNL ni de la mélancolie adulescente de Yung Lean ou Yung Hurn.

C’est à cause de cette hétérogénéité de styles et de lyrics qu’on ne peut pas (encore) parler d’un nouveau sous genre musical.

Cependant, il est intéressant de remarquer comment les rythmes plus lents popularisés par la deep house et autres musiques électroniques ont influencé l’évolution des prod’ de rap actuels et créent une hype autour du cloud rap. C’est donc naturellement que l’on retrouve cette esthétique musicale « cloudy » dans nombre de son de rappeurs du moment. Que ce soit Jordee dans « Rolling Stones », Josman et son « Dans le vide » ou encore Ta-Ra dont le « Lil Bit » a fait 1 million de vues sur Youtube.

Sans révolutionner le monde de la musique, le cloud rap se place à contre-courant du rap agressif et des prods surchargées. Ses sonorités pourraient bien vous aider à passer l’hiver sereinement.

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