« WHO TOOK THE BOMP »

Tu l’as entendu résonner hier dans ta superette ou dans la pub d’une célèbre marque de cosmétiques promettant à un public féminin d’être toujours plus beau, toujours plus lisse, toujours plus jeune. Le Tigre sort Deceptacon en 1999. L’usage du titre à des fins commerciales et accompagné d’un marketing peu subtil semble être l’ultime paradoxe pour le groupe féministe electro-punk fondé par Kathleen Hanna. La même Kathleen Hanna du groupe Bikini Kill, brandie, malgré elle, comme fondatrice et porte-parole du mouvement Riot Grrrl. Si Le Tigre est fondé en 1998, après la dissolution du mouvement, l’influence des Riots Grrrls reste inébranlable.

 

Le mouvement Riot Grrrl à sa source

Ce type de contresens a pourtant envahi et rongé le mouvement avec une exploitation rapide de l’esprit rebelle des Riot Grrrls par l’industrie musicale puis par les publicitaires et acteurs de la com’. Apparu au début des années 90 à Olympia, dans l’état de Washington, le mouvement prônait et criait son envie d’égalité tout en fustigeant les violences physiques, symboliques et psychologiques subies par les femmes dans le système patriarcal. Entre esprit punk et grunge, les Riot Grrrls firent du Do It Yourself leur mode de création. Comme le résume si bien Manon Labry dans Riot Grrrls chronique d’une révolution punk féministe, le punk avait appris aux nanas qu’elles pouvaient participer au projet car ce genre musical ne nécessitait aucune expertise technique ainsi « Si même les plus nuls pouvaient le faire, et puisqu’elles avaient bien intégré, à force de siècles, qu’elles étaient bien nulles, elles pouvaient donc le faire. ». Bratmobile, Bikini Kill, ou encore Heavens to Betsy ont participé chacune à leur manière à l’engouement Revolution Grrrl style now !

 

De l’usage du « Girl power » made in Riot Grrrl

En 1994, les Spice Girls vont se saisir de cet esprit revendicatif féministe et exporter le « Girl Power » des Riot Grrrls. Le « Girl power » devient ainsi une immense machinerie marketing dont les revers sont la sexualisation dès le plus jeune âge et l’objectivation des femmes et jeunes filles.

 

I wanna, I wanna, I wanna, I wanna, I wanna really really really wanna zigazig ha. Mais que veulent nous dire les Spice Girls ? Kamoulox ?

Là où les Riot Grrrls jouaient face à un public réceptif, les pop-stars ont un public large mais parfois insensible au message féministe voire totalement opposé à celui-ci. Car, à contrario, la communauté Riot Grrrl échangeait et se soudait autour des fanzines et de leur manifeste. Un style a ainsi été inventé, celui de la kinderwhore, mix entre la lolita infantile et la nana trash. Les filles jouaient en culotte, se marquaient le corps des qualitatifs les plus crus et outranciers « whore » ou  « slut » sur le ventre  pour se les réapproprier.

kathleenhanna

Kathleen Hanna. Photo: Linda Rosier, 1992

Aussi le génie de Le Tigre, n’a pas tant été de faire danser les gens sur de l’électro que de défendre un message politisé. C’est le cas avec le titre Hot Topic, véritable ode à de multiples femmes artistes, chanteuses, journalistes, écrivaines ou encore activistes qui ont inspiré le groupe.

Bref. Demain matin, après une nuit de débauche et/ou d’ennui, n’oublie surtout pas d’écouter attentivement le morceau qui passe dans ta supérette. A défaut de tomber sur le tube de l’été 2016, tu réécouteras peut-être, d’une nouvelle oreille, une pépite du siècle dernier.

Share:
Written by Ludovic Mazarin
Rudeboy, In the rhythm of life.