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A 23 ans, Quentin Pontonnier impressionne. Par le chemin qu’il a déjà parcouru, par l’aura et la bienveillance qu’il dégage, mais aussi et surtout par sa puissante force de création. Avec sa marque Tant d’Avenir, ce jeune créateur-joaillier parisien confectionne bagues, bracelets et colliers aux inspirations antiques et intemporelles. Ses bijoux s’affichent sur les mains du rappeur Jazzy Bazz, de l’acteur Norman Reedus, dans des parutions prestigieuses tel que V Magazine…

Curieux d’en savoir plus sur le personnage, c’est dans son fief de La Maison Sage du 3ème arrondissement parisien que nous retrouvons l’artiste accompagné de sa petite amie, le mannequin Léa Rostain. Bien installés dans les canapés feutrés du deuxième étage et avec Johnny Cash en fond sonore, c’est parti pour une demie-heure de discussion aussi brute que le métal de ses bijoux.

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Quentin, j’ai 23 ans et je suis bijoutier, joaillier, et surtout créateur, même si je suis surtout dans la fabrication aujourd’hui, via ma marque Tant d’Avenir. Je suis né à Paris, j’habite dans le XIIIème et j’adore le skate ! (rires – on reconnait le logo de la célèbre marque Trasher tatoué sur son bras).

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Comment en es-tu arrivé à devenir créateur de bijoux ? Etait-ce une vocation ou cela relève-t-il plus du hasard ?

Je n’étais pas bon en 3ème, je passais mon temps à faire du skate au collège. Je préférais les arts plastiques, le dessin, et voulais par conséquent m’orienter vers la mode. J’ai vu que l’Ecole Boulle organisait une journée Portes Ouvertes, j’y vais donc avec ma mère. La Directrice Générale nous explique comment rentrer dans l’Ecole : “c’est simple, si vous n’avez pas les Félicitations à chaque trimestre sur les deux dernières années, vous ne serez jamais pris”. Ma mère me regarde : “bon bah, c’est pas pour toi” (rires).

En partant, je vois une grande pancarte indiquant : “Section Bijouterie – sur concours”. J’ai toujours aimé les bijoux… Six mois plus tard, je me présente au concours. Je finis sur liste d’attente : “Fait chier”. Personne ne lâche sa place, et je fais ma rentrée dans une lycée moisi à Porte de Vincennes, bien dégouté. Et au moment du déjeuner, j’écoute mes messages vocaux : un désistement a eu lieu à l’Ecole Boule, je vais pouvoir finalement faire ma rentrée là-bas ! J’ai misé sur ma bonne étoile… et j’ai eu mon diplôme.

Bien joué mec !

Ça a changé ma vie, j’aurais été en échec scolaire autrement.

Donc tu avais quand même un attrait certain pour les bijoux ?

Je voulais être dans la mode. Combien de personnes sortent d’Ecole de Mode ? Des milliers. Et d’écoles de bijouterie ? Une poignée, et très peu se reconvertissent. Du coup avec mon savoir-faire en dessin technique, c’était plus simple d’arriver dans le milieu par ce biais. Je prends l’ascenseur et pas l’escalier.

Depuis combien de temps produis-tu tes créations, et les vends ? Tu es jeune, c’est allé très vite pour toi non ?

Pas vraiment. J’ai fait quatre années d’école jusqu’à 19 ans, j’en ai 23. J’ai même eu le temps de me branler pendant un an (rires). Après un boulot de directeur artistique, j’ai enchainé et suis allé voir la mairie de mon arrondissement pour obtenir une aide. Ils m’ont octroyé une aide, appris à faire un business plan… J’ai pu ensuite monter un dossier et aller voir les banques. Au bout de 6 mois j’ai quitté mon boulot et me suis lancé pleinement dans mon activité.

Quand on veut, on peut, même sans argent.

Pourquoi ce nom, Tant d’avenir ? Tu es quelqu’un d’optimiste ?

A la base je voulais l’appeler Delirium (on se marre), c’était un peu naze avec du recul. Ce n’est pas forcément de l’optimisme, mais une vraie référence au caractère intemporel des bijoux et de la pièce de monnaie. Et le jeu de mot avec le “tant” à la place du “temps” m’a beaucoup aidé pour le référencement sur les moteurs de recherche.

Création et pragmatisme ! Cela te reflète bien ?

Je fonce, “fast life” pour reprendre une expression un peu pétée (rires).

Où puises-tu ton inspiration ?

La première chose ce sont les pièces de monnaie : je suis un grand amateur d’histoire de l’art. J’aime les détails d’une pièce de monnaie, et ils sont si nombreux que c’est très compliqué à reproduire, même avec une imprimante 3D. Un avantage par rapport aux grandes maisons de la Place Vendôme.

Mon inspiration est rock. Je scrutais les rockers sixties et les bijoux qu’ils portaient, Jimi Hendrix, Jim Morisson, Brian Jones. Il y a aussi les hooligans, fans de foot qui se la mettent et qui s’inspirent de la Grèce Antique ; l’Inde qui m’a marqué à vie ; et enfin le rap américain des années 80 post-funk, très bling-bling et stylé.

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Tes créations et ton look dégagent un côté très rock : est-ce la pierre angulaire de ton inspiration ?

Un bijou constitue une part de moi. Nombre de bagues que j’ai créées sont des bagues que j’ai rêvées porter : Tant d’Avenir c’est d’abord un plaisir personnel, et je porte toutes mes créations !

Pour le côté rock dont tu parles, tout dépend de la personne qui va porter les bijoux. Le rappeur Jazzy Bazz a dix de mes bagues sur ses deux mains, et pourtant cela lui donnera plus une dégaine de hooligan. Suivant le modèle et sa personnalité, tous les styles sont possibles. Et la musique que je préfère c’est la Soul, et ensuite le rock et le rap. Le rock c’est une partie de ce que je fais, mais pas tout.

Peux-tu nous parler de ton processus de création ?

Je peux rester bloqué chez moi pendant deux jours sans parler à personne, puis sortir en soirée pour me libérer. Je ne saurais comment l’expliquer… Pour chaque bijou c’est différent, la création c’est très vaste : s’y mêlent inspiration, sentiments, voyages, les pièces que je chine et les moments que l’on vit. Certaines bagues partent du dessin de A à Z, pour d’autres je re-transforme directement le métal au feeling.

Je n’envisage pas la création comme une collection de mode, car justement je fais beaucoup de choses au feeling.

On a vu tes bijoux sur les mains de Jazzy Bazz, Norman Reedus, Willy Cartier… Quel effet te donne cette reconnaissance ?

Ce qui me fait plaisir, c’est de leur offrir et de voir qu’ils aiment sincèrement mes créations. Je dois beaucoup à Jazzy Bazz sur le décollage de Tant d’Avenir : il avait besoin de bijoux pour un clip, je déboule et on s’est hyper bien entendu, c’est un super gars. Il a adoré les bijoux et il m’a donné beaucoup de visibilité ensuite, c’est le genre de choses qu’on n’oublie pas.

Norman Reedus, j’ai eu la chance de le rencontrer au vernissage de son expo photo et je lui ai offert une bague. J’ai adoré voir sa réaction : il n’en revenait pas et était presque gêné de ce cadeau, “c’est un bijou, pas une casquette !”. Cela m’a fait tellement plaisir…

Tu as déjà pensé à une la personne ultime sur laquelle tu aurais envie de voir tes bijoux ?

A la base James Brown, malheureusement déjà mort. Du coup, Keith Richards : qu’il enlève enfin cette vulgaire tête de mort, merde ! (rires) Ce mec est tellement fin, ce serait fou. Et d’autant plus que les Stones c’est familial : c’est le groupe préféré de mon père, et mon second prénom c’est Brian pour… Brian Jones.

Quelles sont les étapes suivantes pour toi ?

Faire de belles collaborations avec des grandes marques. Normalement, une paire de lunettes que j’ai dessinée devrait sortir très prochainement. J’ai aussi collaboré avec le fourreur Quentin Veron, et j’aimerais surtout m’orienter vers la mode et les parures de défilée. Et mon projet final, je n’en parlerai pas, sinon on va me le piquer (rires).

Quel est le plus beau compliment qu’on puisse faire à propos de tes bijoux ?

Le plus beau, c’est quand le bijou laisse une trace et qu’il se transmet d’une mère à une fille, d’un père à un fils… L’argent – contrairement au corps humain – peut se conserver 3000 ans, et c’est le caractère intemporel du bijou que je trouve le plus intéressant.

Photos prises à la Maison Sage (15 Boulevard Saint-Martin, 75003 Paris) – Crédits : Laurent Mazarin.

  • Retrouvez les créations de Tant d’Avenir : http://www.tantdavenir.com
  • Instagram : https://www.instagram.com/tantdavenir
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