Il y a deux ans de cela (parce que je suis une meuf trop branchée et que je me fais trop chébran), je me suis laissée tenter par des petites tresses façon meuf de Brooklyn relayées sur les réseaux sociaux par la dynastie Kardashian. Oui encore elles !

Bref, ni une ni deux je poste la photo sur Instagram avec le hashtag « Boxer Braids ». Il est vrai que sur le moment j’ai tout de suite pensé aux tresses que faisait les boxeuses (million dollar Baby). Pas moins de deux minutes après, je me faisais reprendre par deux filles. Il ne s’agit pas de boxer braids mais de Cornrows, des tresses plaquées qu’arborent depuis toujours la communauté afro.

Franchement : malaisance.

Cette petite mise à l’amende a eu le mérite de me faire réfléchir. Sur le moment je trouvais les réactions de ces filles disproportionnées, tout le monde s’approprie plus ou moins certaines références culturelles encore plus dans l’industrie de la mode. Mais en y réfléchissant bien j’ai voulu me rencarder un peu sur le sujet : l’appropriation culturelle.

Il s’agit d’un concept universitaire développé par des chercheurs aux USA selon lequel l’adoption ou l’utilisation d’éléments d’une culture par les individus d’une culture dite « dominante » serait considérée comme irrespectueuse et constituerait une forme d’oppression et de spoliation.

L’appropriation peut être aussi bien immatérielle que matérielle. Ton cours de Yoga 2 fois par semaines, ta coiffe indienne pour un déguisement d’halloween que tu trouvais hyper cool. Il est possible d’analyser nombre de nos actions comme le fait de s’approprier une culture.

Emprunts insensibles ou mal-intentionnés. Cela constitue pour les partisans de cette théorie une ignorance de la culture qui subit l’emprunt. Il ne faut pas se voiler la face, les cultures en question sont bien souvent celle d’une minorité culturelle qui a ou continue d’être soumise ou non à une culture dominante sur un plan économique, social, politique ou militaire. Apparu dans le contexte nord-américain et plus largement dans le monde occidental anglophone par les communautés afro-américaines et amérindienne, la méfiance à l’encontre de l’emprunt culturel ne cesse de gronder dans le reste du monde. Et du coup, tu en entends de plus en plus parler et nous sommes tous concernés.

Cette question s’est d’abord posée dans l’industrie de la mode, de la beauté et musicale, univers propices à la recherche d’inspirations provenant de bien des cultures.

Depuis des congrès menés par l’Organisation Mondiale de le Propriété Intellectuelle (OMPI) ainsi que les Nations Unies se sont penchés sur la question. En juillet dernier une délégation de 189 pays à Genève discutait du cas d’appropriation de la culture indigène. Ils évoquaient l’exemple d’Urban Outfitters qui avait conçu une collection intitulée Navajo. La marque s’était mise à dos la tribu navajo, qui l’avait poursuivie en justice en 2012 (l’affaire s’était finalement réglée en dehors des tribunaux).

Pour ou contre, un constat est saisissant. Il y a toujours capitalisation de ces cultures en faveurs des « dominants ». On peut se demander si l’appropriation culturelle récompenserait certaines industries, certains créateurs pour des choses dont ils ne peuvent pas avoir le mérite.

Quand approprier s’entend comme déposséder cela offense, personne ne peut le nier.

Un synonyme, accorder, pourrait certainement résoudre tout le problème derrière ce concept. Accorder c’est mettre les choses en harmonie, il y a l’idée de reconnaître la qualité de quelque chose, une culture en l’espèce.  On pourrait se dire que les médias sont en partie responsables. Il suffirait pourtant d’une ligne ou d’une photo pour expliquer la provenance d’un style et accorder du crédit à la culture dont il est tiré. L’utilisation d’une culture à des fins aussi diverses soient elles devraient être accompagnée d’une vraie vocation : faire connaître cette culture, informer le public ou encore mélanger les influences culturelles.

Il faut également avoir assez de recul, afin de pouvoir déterminer s’il y a abus dans l’emprunt ou non.

Dernièrement, débat relancé lors de la Fashion Week de Paris avec le défilé SS18 de Stella McCartney. Plutôt connue pour son Ethical Fashion en défendant la cause animale, la progéniture de Paul est taxée d’appropriation culturelle et s’attire les foudres du public. En cause, quatre silhouettes en «wax » tissus emblématiques des pays d’Afrique noire.

Alors je te vois là, soupirer. A titre personnel, j’ai succombé à la wax mania l’été dernier. Est ce que le fait d’avoir toujours apprécié ce tissus aux motifs si acidulés et contrastants et celui d’avoir passé 20 minutes avec le vendeur de Château Rouge à discuter de l’origine de ce textile et des problématiques liées à son commerce (personne ne parle du monopole de la production hollandaise ruinant le « made in africa ») m’exonèrent de ce reproche ?

A la différence de Stella, je ne veux pas faire de profit là dessus. Je voulais juste une jolie tenue un peu ethnique avec un tissu que j’affectionnais. Et peut être quelques likes sur mon compte insta je le concède.

Si on doit alors procéder au cas par cas, et prendre en compte le contexte afin de juger ou non de l’appropriation culturelle au sujet de la collection de Stella McCartney, alors malheureusement un élément à charge vient inéluctablement l’accuser (juriste sors de ce corps !) : le défilé incluait très peu de mannequins noires. Too Bad !

Stella McCartney 0 – 1 Appropriation Culturelle

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