Alors qu’on nous présente un rap français décadent, englué dans un pastiche aussi constant que consternant d’une trap de bas étage, on a voulu se replonger dans 100 des plus beaux bijoux de cette musique trop souvent sous-estimée. 100 morceaux qui nous ont rendu fous, et qu’on écoutera toujours. 100 morceaux à conserver précieusement sur son vieil ipod nano 2Go avant d’aller se réfugier sur une île en cas de fin du monde… Deuxième épisode cette semaine, avec les tracks classés de la 80ème à la 61ème position.

80/ Ca dégénère – Nég Marrons

Album : Le Bilan (2000)

Les deux loustics de Garges les Gonesses (95) membres du Secteur A ne nous avaient pas spécialement habitué à kicker en mode « énervé » ; mais c’est peut être là ou on ne les attendait pas qu’ils sont finalement les meilleurs.

79/ Max B – Joke

EP : Tokyo (2013)

 A l’instar d’A$ap dans son dernier album (« At.Long.Last.Asap »), Joke rend hommage au condamné Max B, qui purge actuellement une peine de 75 ans pour un crime qu’il n’a pas commis. Le Montpelliérain et ses prods G-Funk modernistes sont une bouffée d’air frais pour le rap français. « L’élégance de Paris, l’avance de Tokyo » ! Tout sauf une blague.

 

78/ J’étais, je suis, je serais – Mafia Trece

Album : L’envers du décor (1999)

« L’envers du décor », c’est  déjà et malheureusement le dernier album de Mafia Trece, collectif du 13ème qui cesse sa production en 1999 après seulement 2 albums (sans compter les maxis) et quelques collaborations mémorables avec notamment Diam’s à ses débuts (dans « Rencontre du 13ème type ») ou encore Leeroy Kesiah du Saian Supa sur « Family G-Funk » ! Si les légendes s’éteignent prématurément, alors Mafia Trece est assurément légendaire.

77/ St Valentin – Orelsan ft. Gringe

Inédit (2007)

Hardcore, dégueulasse, misogyne, ignoble… On se doute bien qu’il n’y a pas que les Femen qui ont été choquées par ce titre qui a tant fait parler. Oui mais voilà, si l’on prend ce morceau comme il doit l’être, c’est à dire à 1000ème degré, alors seul le rire est permis. Impossible par ailleurs de nier le nombre de punchlines géniales qui sortent de la bouche de cette tronche de cake au style vestimentaire proche d’un jeune puceau de Courbevoie.

76/ Le challenger – Disiz

Album : Poisson Rouge

L’élocution parfaite d’un prof qui te fait la dictée, sur une instru entêtante. Le challenger l’emporte par K.O en 2’43, soit 7 secondes avant la fin du premier round. Foudroyant !

75/ Le premier chagrin du jour – Guizmo

Album : Normal (2011)

Premier album du Gremlins de Villeneuve La Garenne et première claque avec un remarquable et mélancolique morceau. Depuis, une sombre embrouille l’a éloigné de L’entourage, et Guizmo s’est vu contraint de continuer en solo, loin de la meute, donnant même l’impression de sortir des sons… pour sortir des sons. La quantité plutôt que la qualité, dommage, parce que ça avait pourtant bien commencé.

74/  MINISTER AMER – Les rates aiment les lascars

Album : 95200

Et si le plus beau duo du rap français des années 90 c’était en fait Stomy et Passi ? On a bien envie de le penser à l’écoute de ce titre culte, enregistré dans des conditions dantesques comme en témoigne la sonorité très sale du morceau. Avec en bonus l’intro culte de M. Gyneco : « Léchez-les tranquilles ! ». Il est grand temps de réhabiliter le Ministère A.M.E.R.

73/ Get down Samedi soir – Rohff

Compil : A l’ancienne Vol 2 (DJ Abdel) 2002

Les versions de ce classique funk d’Oliver Cheatham (1983) se comptent sur les doigts des deux mains et sur les orteils des deux pieds, mais on ne s’en lasse toujours pas. Le remix de Dj Abdel est magnifique, et puis à l’époque, rien à dire, Rohff envoyait le petit bois. On le préférait définitivement avec son chicot en moins celui-là.

72/ Quelque chose de spécial – La Fouine feat. Eilijah

Album : Bourré au son (2005)

Bien avant les clashs avec Booba, les mauvaises sex tape divulguées sur le net, les productions atroces de Dj Erise, l’infecte Team BS, les featurings douteux avec Dj Khaled (on pourrait dérouler comme ça sur deux pages en police taille 8), La Fouine c’était juste cette grande perche talentueuse de Trappes au swagg improbable. Ce Snoop Dogg à la française qui lâchait ses complets nonchalamment sur des productions bien groovy. Au fait, il devient quoi Eilijah ?

71/ Ma copine a une copine – Dany Dan

Album : A la régulière (2010)

Dany Dan a traversé les époques sans trop forcer, donnant le sentiment d’avoir toujours un temps d’avance. Pilier des Sages Poètes de la rue et MC 5 étoiles au flow légendaire, « l’enfoiré le plus dingue de la planète » n’a plus rien à prouver dans ce rap jeu quand sort son deuxième album solo : « A la régulière ». Dans son propre délire, Daniel livre ici un track taquin et soyeux façon ¨Poétic Lover ».

70/ Genre de jeunes gens- ILL

Album : Ainsi soit – ILL (2002)

Ill des X-men en feat avec Ali (Lunatic) et Iron Sy sur une instru de Dj Poska. Un gros son de bonhomme, les mains dans le froc !

69/ Tonton du bled – 113

Album : Les princes de la ville (1999)

Qui n’a jamais beuglé “Lé lé lah” en soirée nous jette la première pierre. « Tonton du bled » est un ovni dans l’histoire du rap français, avec un Rim’k en conteur de son retour au bled, à la fois touchant et très drôle. Mais surtout, le succès du morceau doit beaucoup à la sublime instru du regretté Dj Mehdi.

68/ Beslunce breakdown – Bouga

Album : Comme un aimant (2000)

Une prod signée Akhenaton, et un refrain de Freeman « D’ou j’sors ? D’une ronde, Belsunce Breakdown ». Bouga rend hommage à son tiéquar « coincé entre la gare et le vieux port » dans un son qui pue le rap du début des années 2000.  « Tu contestes ? Prépare ton testament gars ! » Que de souvenirs…

67/ Dans la sono – Beat de Boul

EP : Dans la sono (1997)

Collectif  ALL STAR du 92 fondé par les Sages po, Beat de Boul sort son premier EP en 1997. Ca kick, ça groove, c’est lourd.

66/ Nouveau Western – Mc Solaar

Album : Prose Combat (1994)

Un sample  somptueux de « Bonnie and Clyde » de Gainbourg  et un style d’écriture léché qui deviendra la marque de fabrique de Solaar. Résultat : une victoire de la musique en 95 et Claude Mc devient le rappeur préféré des bobos. Après « Prose combat » il se retrouvera même isolé, et continuera sa route dans son coin. Ridicule tant le génie du type était indéniable. Loin du jeu, près du cœur !

65/ Pourquoi – Busta Flex

Album : Busta Flex (1998)

Valéry François (aka Busta Flex, oui oui) a seulement 20 piges quand il sort ce premier album fumant qui l’envoie direct au panthéon des plus grands rappeurs français de l’histoire. L’ascension est fulgurante. Produit par Kool Shen, l’ensemble de l’opus est homogène et regorge d’un nombre de « classique » hallucinant, dont « Pourquoi » est un des piliers. Sur un sample de « Laisse pas trainer ton fils » et une prod de Sulee B Max.

64/ L’homme qui ne valait pas 10 centimes – Doc Gynéco

Album : Liaisons dangereuses (1998)

 Suite au carton de « Première consultation » le Doc, à son meilleur, enchaine avec une compile ou l’on trouve du bon et du beaucoup moins bon, dont un featuring dégueulasse avec Bernanrd Tapie (les prémices du déclin). Avec « L’homme qui ne valait pas 10 centimes » Gynéco dévoile un visage qu’on ne lui connaissait pas, celui d’un mec plus sincère et lucide que fonsdé, et qui règle ses comptes avec l’industrie. « Si je pouvais, je ferais les pubs qui vont avec les tubes et tu comprendrais comment on t’entube ».

63/ Tallac – Booba

Album : Panthéon (2004)

“Chez nous on dort plus / Chez nous le marchand de sable sniffe de la coke » : on ne peut rêver meilleure intro que cette bastos lancée à 200 km/h dans les oreilles de l’auditeur. L’instru est nerveuse, le flow cisaillé et chaque phrase est une punchline : Booba tape du poing sur la table, et ça résonne encore en 2015.

62/ Introduxion – Scred Connexion

Album : Du mal à s’confier (2002)

En 2000, le groupe essuie le départ de Fabe qui décide brutalement d’arrêter le rap. S’il fallait rebondir, Morad, Mokless, Haroun et Koma font mieux que ça, ils décollent. Introduxion est certainement le meilleur track de l’album : « Du mal à s’confier ». C’est la confirmation d’une bande de mecs blindés à l’humilité et dotés d’une technique hors pair.  « Faut que tu te prépare à… l’arrivée des gars carrés, de la goutte d’or aux 18 carats ».

61/ De larmes et de sang – Dicidens ft. Lunatic

Album : HLM Rézidants (2004)

« Si je suis pas numéro un c’est qu’il y a le King avant l’As » ! La métaphore du Duc de Boulogne alors au sommet de son art claque comme une évidence. Dicidens emmené par un Nessbeal « on fire », et Lunatic (Booba, Ali), forment une sacrée paire de Rois. Tapis pré flop !

Premier chapitre (100 – 80) http://lafrasqueparis.com/jd4m

Ecrit par Adrien Hennegrave et Antoine Morelle.

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