On était allé les voir au Yoyo pour leur première scène, c’était tâtonnant et plutôt décevant dans l’ensemble. Mais c’était un showcase, et comme toutes les premières fois on se devait d’être indulgent.

On ne l’aurait pas été hier soir si les deux frangins de l’Essonne avaient de nouveau déçu. Déjà parce que les mecs ont encore bien baladé la clientèle en décalant la date du concert de 5 mois (initialement prévue en juin dernier) et puis parce que c’était la dernière de leur tournée hexagonale où ils ont pu se chauffer dans les plus grandes salles de France à Nantes, Lille, Toulouse, Marseille et Lyon avant Paris, avant-hier à Bercy.

« On a besoin d’aller au bout de nos idées (…) nous voulons faire des spectacles dignes de vous et de nous-mêmes. On n’arrivera pas sûr scène sans faire des concerts de fou. » C’est avec ces quelques lignes que le duo avait reporté sa tournée et personne ne saura jamais si le show aurait été à la hauteur en juin, mais s’ils avaient besoin de ces 5 mois supplémentaires pour pondre cette folie scénographique alors ils ont bien fait de les prendre. Peu d’artiste en France aujourd’hui peuvent se targuer d’avoir un univers artistiques aussi singulier, complet et cohérent que NOS et Ademo.

Si pour une grande partie du public la tension PNL était certainement un peu retombée ces derniers mois du fait de leur inactivité (rien à signaler à part des clips qui durent plus longtemps que des dîners de famille foireux), tout le monde a vite été remis dans le bain et les 20 000 personnes présentes et chauffées à bloc à l’Accor Hotel Arena se sont littéralement faites doucher d’entrée de jeu avec Dans ta rue en premier morceau… Puissant.

Pour les décors, c’était sobre mais extrêmement efficace. En nez de scène on avait un arbre sorti tout droit du clip de La vie est belle qui reflète parfaitement une partie de l’imagerie PNL des débuts à aujourd’hui (fumer des oinjs en survet’ du Bayern ou d’Arsenal dans des décors naturels de rêves avec un détachement presque insolent) et au centre : le coeur de la pochette du premier album qui pulse en énorme statut 3D au milieu de la scène, également l’un des symboles fort du duo algérien-corse (“Un coeur de ice tu connais”).

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Crédits photo : Anthony Ghnassia

On a donc pris une gifle hier, une grosse gifle même et ils l’ont fait sobrement, à la PNL. Pas de guest, pas de dj sur scène, et pas de surprises comme certains pouvaient l’espérer (l’annonce de la sortie d’un inédit ou d’un nouvel album par exemple).

En fait rien de très spectaculaire, mais comme d’habitude avec PNL tout est dans la mesure. Tout est dosé, rien n’est très osé (j’aurais bien aimé avoir un truc à dire avec José Bové… mais ce n’est pas le propos). Tout est dans le grammage, tu sens que tout est pensé au millimètre pour ne donner que ce qu’il faut et surtout pas plus. Créer de l’attente par la rareté, c’est leur crédo et ils le font bien. Ca s’appelle la fidélisation du “boloss” oups du client pardon, et ça aussi ils connaissent…

Il fallait être là avant-hier soir pour se rendre compte de la proximité que les deux frangins ont réussi à créer avec leur public. Sur tous les morceaux la salle entière chantait. Le summum a certainement été atteint sur Jusqu’au dernier grammes où NOS s’est effacé pendant plus de la moitié de son couplet pour laisser la salle faire le job. Frissons garantis.

Sous le masque et les lunettes opaques ils étaient émus visiblement de cette dernière date d’une tournée rapide (un mois à peine) mais réussie (là encore, la qualité plutôt que la quantité). Et cette émotion s’est vérifiée quand Ademo s’est adressé au public entre deux morceaux. Il a fourché et s’y est reprit à deux fois, sûrement perturbé par l’exercice loin d’être évident de jouer dans sa ville devant 20 000 têtes, c’était touchant et presque mignon – tout comme leurs interventions auprès du public. En même temps, est-ce qu’il pouvait imaginer la soirée de mercredi il y a encore deux ans ?

Au-delà d’une scénographie extraordinairement maitrisée et du charisme scénique toute en puissance et en retenue de ses deux protagonistes, c’est toute l’émotion qu’on pouvait ressentir dans la salle qui a rendu ce moment unique et mémorable. On repense au premier album sorti en 2015, adulé par un public restreint. Au clip de Je vis, Je visser qu’on a pris en pleine figure au même moment. Au chemin ahurissant parcouru jusqu’à ce 21 novembre 2017. Une émotion palpable qu’on a pu lire sur le visage de NOS quand il a daigné retirer ses épaisses lunettes de soleil sur le final de DA. Cette extrême pudeur des deux frères des Tarterêts aurait pu être un handicap en live mais il n’en est rien. Et au contraire, dans un milieu qui de manière générale en manque cruellement, ce trait de caractère leur confère une dose de sympathie et d’honnêteté rare et précieuse. Derrière leurs personnages, on sent des mecs humbles et sincères dans leur démarches et c’est assez jouissif pour être signalé.

En gros, dans la vie il y en a qui essaie simplement de choper le bon wagon, quand eux ont encore une fois pris le train d’avant. Et à l’heure qu’il est ils viennent d’arriver en gare d’un futur lointain, presque cosmique. Alors le rap français n’a qu’à bien se tenir et à même intérêt à aller s’entraîner avec Renaud Lavillenie car la barre est placée bien haute désormais.

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