Retour sur Leaving Las Vegas

Il fut une époque très très lointaine où Nicolas Cage ne faisait pas simplement des rôles de merdes pour d’énormes cachets. (Avec indulgence, on lui accorde un peu de crédit pour « Joe » en 2013) C’était au siècle dernier, avec entres autres des Sailor et Lula ou encore Leaving Las Vegas. C’est un film étrange, qui est difficile à ranger dans une catégorie, car il traite de sujets totalement différents selon le point de vue qu’on adopte. Une seule certitude c’est l’un des plus grands films des années 90, d’une noirceur incroyable.

Retour sur Leaving Las Vegas

Ben, scénariste de renom, est alcoolique et à la dérive. Il n’arrive plus à caser ses travaux, décide de s’installer à Las Vegas, la seule ville où les bars ne ferment jamais. Là-bas, il se donne quatre semaines pour boire jusqu’à en mourir et s’installe pour cela dans un petit hôtel miteux à proximité des bars. Lors de ses déambulations nocturnes il va rencontrer une jeune prostituée, Sera (Elisabeth Shue). Ils vont s’aimer et vivre ensemble en s’acceptant jusqu’à la fin tels qu’ils sont. Ils ont ainsi la contrainte commune d’accepter le monde de l’autre, tout en sachant que cela aura une fin, acceptant leurs choix volontaires, comme décidés à en finir d’être seuls. La solitude est en effet le centre de toutes les émotions des deux personnages.

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Il aurait pu découvrir les AA, elle aurait pu tomber sur Richard Gere et s’en sortir comme Julia Roberts dans cette merde de Pretty Woman. Mais ça aurait fait un navet d’une rare nullité, à la place : ils se sont rencontrés. Lui a ses bouteilles, elle a ses passes. Ils ne changeront pas. S’abandonner l’un à l’autre, s’appartenir mais jamais entièrement, partager l’amour de l’un avec la booze et de l’autre avec du sexe tarifé.

On parlait de comment classer ce film, alors logiquement il s’agit’une romance, si étrange soit-elle, une tragique, émouvante et étrange histoire d’amour, une de ces histoires cheloues, l’amour de deux paumés, fous, bêtes, un amour à la fois sincère et masochiste, finalement assez proche de certaines réalités, dans cet équilibre menacé sans arrêt par la voix de la raison (toutes proportions gardées). Il traite d’alcoolisme, de prostitution, de mort, de vies déchirées, mais aussi de Las Vegas, tout cela de manière si juste qu’il semble important de replacer ce film dans la juste mesure qui lui convient. L’auteur du livre, John O’Brien, fut en grande partie inspiré de sa propre vie de scénariste alcoolique pour écrire cette sombre descente aux enfers. Son suicide, quinze jours après la vente des droits d’adaptation, ne fit que renforcer l’intérêt pour son parcours et son histoire. Dommage qu’il n’ait pas été un peu optimiste, car à coup sûr il s’agit d’une adaptation fabuleuse.

Retour sur Leaving Las Vegas

 

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Written by Ludovic Mazarin
Rudeboy.