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Alors qu’on nous présente un rap français décadent, englué dans un pastiche aussi constant que consternant d’une trap de bas étage, on a voulu se replonger dans 100 des plus beaux bijoux de cette musique trop souvent sous-estimée. 100 morceaux qui nous ont rendu fous, et qu’on écoutera toujours. 100 morceaux à conserver précieusement sur son vieil ipod nano 2Go avant d’aller se réfugier sur une île en cas de fin du monde…

40/ LE BILAN – NEG’MARRONS

Album : Le Bilan (2000)

Laurent Boyer reçoit Jacky et Ben J pour faire le bilan, calmement. Ce véritable tube de la fin des années 90 est un concentré de bonne humeur. Les Nég’Marrons rappent le sourire aux lèvres et ça apporte de la légèreté dans un milieu qui en manque parfois cruellement, souvent même. Un discours de circonstance certes, mais nous sommes à une heure de grande écoute, bah quoi ? Le rap a aussi sa variété. Et tant mieux pour lui parce qu’elle fait toujours autant plaisir le samedi soir à 2h du mat’ !

 

39/ LE SALAIRE DE LA GALERE – SHERYO

Maxi : Le salaire de la galère (2001)

Sheryo,  pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un peu le Nicolas Anelka du rap : un mec pétri de talent avec un potentiel hors norme, mais aussi et surtout une tête brûlée qui n’a jamais eu la carrière qu’il aurait mérité d’avoir. Freestyleur à l’ancienne, Sheryo a toujours roulé en indé et refusé les radios. Revendiquant son côté underground  il n’a jamais sorti d’album mais quelques maxis dont Le Salaire de la Galère. Pour mieux approfondir le délire, on te conseille vivement « Je reste underground » où il éclate Akhenathon dans un clash haut de gamme.

 

38/ ARRETEZ – DESPO RUTTI

Compilation : Hostile (2006)

Despo Rutti qui n’était jusque là qu’un illustre inconnu, s’invite pour tout casser sur cette compile d’Hostile Records, le label hip-hop de la major EMI. Un discours subversif, une morale irréprochable, un phrasé qui marque et des phases crues et découpées au couteau. Voilà la recette du tartare du chef « Despo Roots ». Le tout agrémenté d’un clip cash ou chaque punchline fait mouche et soulève polémiques et vérités. Despo ferme des bouches avec sa plume, une couleur et un style unique qui donne alors un nouveau souffle au rap français.

 

37/ CHEZ MOI – CASEY

Album : Tragédie d’une trajectoire (2006)

Si le savoir est une arme alors Casez possède la bombe atomique. La plume plus aiguisée qu’une machette et la détermination de rétablir un bon nombre de vérités, sur une réalisation de Chris Macari et une prod de Laloo, Casey nous dépeint avec véhémence mais justesse l’envers du décors dans ses Antilles, chez elle, en Martinique.

 

36/ J’FAIS MON JOB A PLEIN TEMPS – BUSTA FLEX

Album : Busta Flex (1997)

En 97, Busta devient le premier rappeur français signé chez Warner. La major est alors un atout de poids pour la réalisation de ce premier album qui est une vraie réussite 100% rap. 20 ans après, on se délecte encore des influences US hyper poussées du bonhomme. Rien de très surprenant, vous nous direz, pour un mec qui a quand même poussé le vice de son admiration pour ses homologues New Yorkais jusqu’à son propre blase. Et oui Jamie ! Busta Flex n’est autre que la contraction de Busta Rhymes et de Funk Master Flex, c’est pas sorcier mais ça fait des belles références. En deux mots, on dira aussi qu’on s’en cogne pas mal de savoir si le mec fait son job à plein temps. Ce qu’on sait, c’est qu’il le fait tout court, et c’est bien suffisant quand on est un foutu surdoué. Flex, maîtrise l’art du « freestyle écrit » à la perfection, produit par Zoxea, cette merveille aurait aisément sa place dans un top 10 album rap français…

 

35/ L’EMPEREUR – ALKPOTE

Album : L’Empereur (2008)

Deux projets sortis avec son compère Katana sous le groupe Unité de Feu et un nombre impressionnant de mixtapes aux noms plus ghetto les unes que les autres, AlKpote sort en 2008 son premier album solo. L’Empereur, titre éponyme du projet, est un concentré de crasse du talentueux capitaine de Neochrome. Un petit côté hall de cité du 91 qui pue le shit, le flow et la technique. Aujourd’hui père de famille, Serge Gainsbeur laisse courir la rumeur d’un probable départ à la retraite anticipé. On a envie lui demander de rester  encore un peu, à moins qu’il ait épuisé son énorme dictionnaire interne car selon une étude (très sérieuse) le gars auraient le plus gros lexique du rap français. Impressionnant.

 

34/ 93 TU PEUX PAS TEST – MAC TYER

Album : Le Général (2006)

Mac Tyer fait aujourd’hui figure de monument du rap français. En 2006, il sort son premier album intitulé « Le Général » et prend un virage plus qu’inattendu. Lui qui depuis ses début avec Tandem était influencé par une vibe New-Yorkaise débarque avec un premier opus aux influences Dirty South. « 93 tu peux pas test » en est d’ailleurs le plus bel exemple. Avant-gardiste ! A l’instar d’un rap français réfractaire à l’idée de suivre en directe ce qui se fait de l’autre côté de l’Atlantique, So innove et s’expose à la critique, quitte à floper commercialement (ce qui a été le cas sur la plupart de ses projets). Heureusement, le rappeur d’Auber qui était depuis ses débuts en indépendant tient aujourd’hui sa revanche en signant en 2014 sur le label de Maître Gims «Monstre Marin Corporation », ce qui du coup lui a permis d’ouvrir les portes des radios et des charts français (son dernier opus, « Je suis une légende », a été écoulé à 7711 ventes en une semaine).

– Et sinon Jamie, Mac Tyer ? C’est la contraction de Mc Tyson et de Tom Soyeur ?

­ – En fait t’es lourd, Fred.

 

33/ 64 MESURES DE SPLEEN – JAZZY BAZZ

E.P : Sur la route du 3.14 (2014)

Une tête de cancéreux et des rumeurs à la pelle sur toutes les maladies qu’il aurait contractées. Le Jazz a de quoi avoir le spleen. On déconne mais à ce sujet, il faut remercier Gaiden, et se rappeler que le loustic a brillamment commencé par faire ses classes dans les clashs de Rap Contenders. Quelques années plus tard, l’esthétique est devenue complètement hipster, et fleure bon les années 90, le bas de survét Addidas à pression et les bombers Scott. La plus belle plume sur la langue de Grande Ville est le Marty Mc fly du rap, un voyage dans le temps ou le futur se frotte au passé, on adore.

 

32/ SANS REMISSION – FONKY FAMILY

Album : Si Dieu veut… (1998)

Premier album de la FF, et premier platine. Attention ! Le Rat Luciano, Sat l’Artificier, Don Choa et la Family sur une prod de Pone sont en « croisade contre l’Etat avare » et à priori ils ont décidé de faire autant de bordel que les virages du Vélodrome un soir de Classico. Putaing, la FF ça kickait sévère avec les tripes et toute l’énergie du rap phocéen qu’on valide. Pour la petite histoire, « Sans rémission » est sorti une première fois sur la mixtape Opération coup de poing qui réunissait la crème de la crème de l’époque (1997).  Le track s’est ensuite glissé naturellement sur l’album pour en devenir le titre phare, tout en percussion.

31/ L’IMPERTINENT – FABE

Album : Détournement de son (1998)

Troisième album de Fabe, certainement le meilleur de sa carrière solo et comme souvent chez lui c’est les politiques qui morflent, normal. « Si Jean Marie courrait aussi vite que je l’emmerde, il serait tellement loin, avant je les détestais, mais aujourd’hui je les aime tellement moins ». Par les temps qui court, c’est réconfortant, c’est déjà ça. Sinon pour ce track on s’est pas foutu de votre gueule. Plutôt que de faire un copier coller de wikipédia, on a fourni un vrai travail journalistique avec une vraie investigation. Notre enquête, après des mois de recherche, nous a conduit dans les laboratoires du rap, où nous avons eu accès aux résultats d’analyses sanguines ayant été effectuées sur Fabe à l’époque. En voici les résultats… Si l’on constate clairement un taux de swag par litre de sang nettement inférieur à la moyenne (0,001g/l pour vous faire une idée, c’est très peu, vestimentairement parlant on est proche du VRP de chez SFR) on remarque également que cette énorme carence est dans le même temps contre balancée par un taux de punchline par 16 expirés absolument hors norme. Un vrai don de mère nature.

30/ RAP MUSIQUE QUE J’AIME – ZOXEA

Album : A mon tour de briller (1999)

Membre des Sages Po et de Beat Boul, en cette fin de siècle Zoxea est bien occupé, ce qui ne l’empêche pas de tenter un premier projet solo. En même temps, avec autant de talent, cette fois c’est peut-être enfin à son tour de briller. Il rencontre alors le Suprème NTM et Busta Flex puis c’est Kool Shen (l’hyperactif qui tape des backflips dans le clip) qui produit, inlassablement. Le résultat c’est un album disque d’or et ce track, LE bijou du King de Boulogne, le mec « quizi aza inzinventézé cette langue làzà ».

 

 

29/ REGRETTE – ROHFF

Album : Au delà de mes limites (2005)

8 minutes et 35 secondes pour rendre hommage à un ami parti trop tôt, mais aussi à tous ceux qui perdent des êtres chers. Rohff, le performeur qui rappait et découpait les instru sans refrain renoue ici avec le genre, mais cette fois en tant que Housni, dans un tout autre registre : celui de la mort et de l’amertume.

 

28/ POUR CEUX – MAFIA K1 FRY

Album : La cerise sur le ghetto, 2003.

Avec « Pour ceux », la Mafia K’1 Fry bousille l’auditoire et le marque au fer rouge au fond d’une cave. C’est bourrin et ça tabasse, dans un clip signé Kourtajmé, la banlieue n’a jamais parue aussi décomplexée. Mais on va s’arrêter là et te rediriger gentiment vers l’article du bon Yon qui a déjà tout dit.

27/ JACKPOT 2000 – 113

Album : Les princes de la ville (1999)

A sa sortie, Les princes de la ville est un projet tellement qualitatif et avant-gardiste que le 113 réalise la prouesse d’élargir les frontières du rap hexagonal pour le rendre plus accessible au grand public. Dans Jackpot 2000, comme souvent c’est Dj Mehdi et Manu Key qui s’y collent, avec un sample génial d’« I love you more » du groupe funk René et Angela. Une touche électro qui donne envie de faire des folies et de se trémousser bêtement dans un costard trois pièces blanc cassé.

26/ PUCC FICTION – OXMO PUCCINO FT. BOOBA

Compile : L432  (1997)

Booba et Oxmo, deux purs sangs de l’écurie Time Bomb, deux « «padre » du game, ici déguisés en « padre de la pègre », s’envoient comme jamais sur un beat east coast signé d’une main de maître par Monsieur Dj Mars. Les deux compères, épaulés par Ali « him self » sur le refrain, présentent des flows qui font office d’arme de poing. 15 ans plus tard, on se muscle toujours les cervicales en hochant la tête au rythme de la basse de ce basique. Du grand art !

 

25/ PETIT FRERE – IAM

Album : L’école du micro d’argent (1997)

L’école du micro d’argent s’est écoulé à plus d’un million six cents milles exemplaires. Ce qui en fait, à ce jour, et certainement pour très longtemps, le disque le plus vendu de l’histoire du rap français. Sur des prods 5 étoiles mixées par l’ingé son du mythique label New Yorkais de P.Diddy « Bad Boys Record », Akhenathon et Shurik’n sont impeccables et s’inquiètent avec justesse pour une génération d’oubliés qui glisse peu à peu dans la délinquance. C’est la force d’IAM et ce qui les rend immortels : une clairvoyance à toutes épreuves sur les grandes questions de société qui les hisse pour toujours au panthéon du hip-hop français.

24/ PITBULL – BOOBA

Album : Ouest Side (2006)

Ouest Side c’est la troisième livraison solo d’Eli Yaffa et c’est un foutu classique. « Comment ne pas être un Pitbull quand la vie est une chienne ? »  C’est l’équation bien difficile à résoudre pour cette génération estampillée «Malabar, choco BN et … sale noir ». Sur un sample de la chanson préférée des Français le texte de Booba résonne comme un écho qui sonne faux 30 ans plus tard. Quand Renaud chantait avec tendresse et nostalgie les « caramels à un franc » et l’insouciance de l’enfance, Booba dresse un constat autrement plus sombre, avec une fatalité désarmante : « j’ai souvent cherché la merde, je l’ai toujours trouvé. ». Toute l’oeuvre du Duc semble parfaitement résumée dans ce texte, qui est certainement l’un de ses plus beaux.

 

23/ DANS MA RUE – DOC GYNECO

Album : Première consultation (1996)

Récemment reprise et soigneusement saccagée par Black M, « Dans ma rue » est une pépite de plus issue de « Première consultation ». Une déclaration d’amour totale du Doc à son 18ème, où le melting pot humain est érigé en richesse sociale ultime. Et dire que cet éternel fonsdé a fini par jouer les marionnettes made in-banlieue pour Sarko…

 

22/ LAISSE PAS TRAINER TON FILS – NTM

Album : Suprème NTM (1999)

1999, c’est l’apogée d’NTM. Le Suprême est un carton, et ce titre est un bijou préventif sur les dangers et les vices de la street : un chef d’oeuvre. C’est la consécration pour le duo. Moins énervé, plus «Pascal Le Grand Frère » Kool Shen rayonne de sagesse quand Joey tente de se contenir tant bien que mal dans sa cellule. Dents en or comme le disque.

 

21/ CAROLINE – MC SOLAAR

Album : Qui sème le vent récolte le tempo (1991)

Claude Mc est un immense poète et ce morceau en est la plus belle illustration. « Caroline » c’est un hit classé 22 semaines au top 50. C’est le début des années 90 et du rap en France,  Solaar est alors au sommet de son art. Sur un sample délicieux du titre « Save the World » du groupe Southside Movement, les rimes sont des douceurs qui s’empilent à la manière d’un château de carte : « l’As de trèfle qui pique ton coeur ».

Ecrit à quatre mains par Adrien Hennegrave et Ghislain Toublan. 

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