Live Report : Kiefer au Hasard Ludique

Live Report : Kiefer au Hasard Ludique

Le Hasard Ludique, la salle qu'il nous fallait

Vendredi dernier, on a été assez chanceux d'assister à un live de Kiefer. Pour sa deuxième apparition dans notre ville, c'est le Hasard Ludique qui accueillait le beatmaker de Los Angeles dans sa chaleureuse salle. Excellent choix car l'intimité qu'elle confère est précieuse lors de ce type de concert. En effet, Kiefer fait des morceaux qui s'écoutent dans un confortable cocon solitaire ou avec des amis de qualité, nous étions donc heureux de nous y sentir chez nous.

Pour ceux qui se demandent pourquoi, ouvrez votre plateforme de streaming préférée, branchez votre casque et écoutez son dernier EP en date, "Bridges". Dans ses productions instrumentales, il pose l'harmonie d'un piano synthétisé sur ses propres boucles, rythmées par des percussions assez simples. L'ensemble produit un effet mystique qui transporte dans un monde parallèle dans lequel on est à la fois productif et heureux. Ce n'est qu'un conseil personnel, mais tous les start-uppers et autres partisans du "happiness at work" devraient diffuser sa musique. Efficacité garantie.

 

Que de la détente

Le grand bonheur ce soir-là, c'est qu'après une journée de vacarme parisien et une semaine de productivité décroissante, nos oreilles étaient exclusivement dédiées à transformer les vibrations sonores en pure détente. Kiefer se permet donc de se faire attendre sans provoquer trop d'impatience. Il finit par débarquer, verre à la main, avec une attitude et un accoutrement typiquement californiens. Il enclenche Ableton live sur son ordinateur, s'assoit et fait retentir les premières notes sur son clavier KORG.

Elles sont tout de suite accueillies par des applaudissements et quelques cris du coeur. C'est impressionnant : on comprend vite qu'on est devant une audience de passionnés et l'atmosphère qui s'installe est véritablement unique.  Avec mon acolyte, on se permet un commentaire à voix haute, qui nous est vite reproché par une auditrice qui nous fait passer pour des mauvais élèves. D'accord, on va faire ce qu'on peut pour entretenir un silence religieux. Mais comme tout le monde, entre deux hochements de nuque, on ne pourra s'empêcher de lâcher des cris issus des de micro-orgasmes auditifs ressentis dès que le piano s'emporte. Un bon tiers de l'audience passe son temps à faire du air-piano en plissant des yeux et on a plus envie de faire pareil que d'en rire.

Preuve d'humilité & hommage à J Dilla... Give me more

Au bout de trente minutes comme ça, Kiefer nous remercie dûment et insiste bien pour dire qu'il se sent chanceux de jouer devant une audience si réceptive. Avec beaucoup de lucidité et d'humilité, il rappelle à quel point il est conscient que ce n'est pas facile de rester attentif face à un seul piano. La prochaine fois, il espère venir avec son groupe et on se dit tous qu'on ne ratera pas ça.

Il réfléchit deux minutes pour trouver comment nous remercier. Généreusement, il pioche dans le répertoire de l'excellent label auquel il appartient, Stone Throw Records, et lance un beat du regretté J Dilla. L'effet sur cette audience avertie est immédiatement palpable. C'est reparti pour une demi-heure au bout de laquelle le public ne le laissera pas partir sans un rappel. Kiefer prolonge notre moment de cinq précieuses minutes additionnelles, après lesquelles il récupère son verre et disparaît sous les applaudissements.

On est sortis de là avec le cerveau plus aéré que des vendeurs de CBD et on gardera un bon souvenir de ce moment un peu hors du temps. Depuis, on prend encore plus de plaisir à travailler sur du Kiefer ; On ne peut qu'insister encore pour que vous suiviez aussi cette méthode miracle.

Theodore Cohen,