Hommage à Sala : Adieu, Emiliano

Hommage à Sala : Adieu, Emiliano

C'est la nouvelle qu'on redoutait tous. Le corps récupéré dans l’épave de l’avion qui s’est échoué dans la Manche le 21 janvier dernier est bien celui du footballeur Emiliano Sala. La police britannique l’a confirmé ce jeudi soir. Avec la disparition soudaine de l’Argentin de 28 ans, c’est tout le monde du football, et un peu plus, qui est en deuil. Hommage.

À quoi reconnait-on la beauté d'un adieu, si ce n'est au silence qui prend possession des grandes assistances. Nombreux sont ceux, qui pendant un temps, ont pourtant refusé d’accepter l’inimaginable. Comme Valentin Rongier, le capitaine du FC Nantes, et ex- coéquipier d’Emiliano Sala. Une forme de résilience qui a vu tout un peuple jaune et vert communier lors de la réception de Saint-Etienne le 30 janvier dernier à la gloire d’un seul homme. Ce soir-là, les applaudissements et les chants sont venus couvrir l’immense silence qui touchait les cœurs de tout un peuple. Pour y croire encore. Un hommage, qui ne dit pas son nom et qui intervient dix jours après la disparition de l’Argentin. Et ce, alors que les recherches pour retrouver le pilote et l’ancien bordelais paraissaient dès lors vaines. Mais c’est cette force – et ce refus de l’abandon - qui doit rester intact dans les esprits de chacun. Car c’était ça Emiliano Sala. Un combattant, un guerrier, jusqu’au dernier souffle de sa vie.

Malheureusement, certains combats sont perdus d’avance. Le dernier, le plus important, celui pour sa vie, Emiliano n’a pu le remporter. Après une interminable et douloureuse attente pour les proches et de longues recherches, la sentence est tombée ce jeudi soir. Emiliano Sala n’est plus. Le corps de l’Italo-Argentin a été identifié par la police de Dorset (Royaume-Uni). L’avion qui faisait la liaison entre Nantes et Cardiff dans le cadre du transfert du joueur a sombré dans la Manche. Les raisons du crash sont encore aujourd’hui inconnues. Mais depuis le 21 janvier, jour de la disparition, la tristesse et l’infime espoir de retrouver Sala et son pilote en vie n’ont fait que repousser l’immense deuil qui va accompagner le quotidien de ceux qui ont suivi de près ou de loin le chemin d’un homme – plus que d’un joueur – pas comme les autres. Si le chagrin qui remplit les âmes est si douloureux, c’est que tout le monde est unanime. Emi était un mec bien.

L’âme d’un guerrier

Le football déborde d’histoires et de parcours atypiques. De mecs partis de rien, dont l’enfance se résume souvent à une spirale de misère et de péripéties en tout genre, où les aléas de la vie les éloignent sans cesse d’un rêve qui semble inaccessible. Emilanio Sala est de cette trempe-là. Natif de Progreso, petit village dans la Province de Santa Fe, au nord-est de l’Argentine, Emi a du se battre chaque jour pour avoir la reconnaissance de ses pairs et d’un milieu qui s’est souvent refusé à lui. Mais Emiliano est le même sur et en dehors d’un rectangle vert. À savoir, un monstre d’abnégation et de courage. Un bosseur né, avec des principes immuables de solidarité, de générosité qui l’ont fait avancer pas à pas dans la conquête de son rêve.

Lors d’un long entretien accordé à So Foot en avril 2017, Sala se confiait sans détour sur son sinueux parcours. « J’ai vécu des choses difficiles, quand je suis arrivé en France, je ne parlais pas la langue. J’étais seul. À vingt ans c'était difficile et en même temps, ça ne l’était pas comparé à mes rêves, mon envie, mes aspirations. Je voyais les choses comme un défi. Je voulais réussir. (…) Quand je veux quelque chose, je me bats, je lutte, on ne peut pas me le retirer de la tête. Je me mettais dans une bulle, je me remémorais ce que je voulais faire, ce que je voulais devenir quand je serais grand, j’en ai tiré beaucoup de force. »

Une force que l’Argentin tient de ses parents. Et d’une éducation qui l’a rendu imperméable à l’échec. Car des refus, des obstacles, Emi en a connu. Le manque de considération aussi. Auquel s’ajoute les moqueries sur son style de jeu peu attrayant. Mais tous ses sacrifices n’ont pas été vains. Cette saison, Emiliano Sala s’est retrouvé sous une lumière qui lui a si souvent échappée. Avec 12 buts en Ligue 1, il fut même un temps le co-meilleur buteur du championnat avec Kylian Mbappé. Une consécration tardive mais qui sied tellement bien au bonhomme et à son parcours. Sur son bras, Emi s’est fait tatouer « Toujours, jusqu’à la victoire ». Le destin est venu malheureusement briser l’élan d’un joueur et d’un homme enfin reconnu à sa juste valeur. 

Un hommage à sa hauteur

De Nantes à Cardiff, en passant par Paris ou Rennes, les dernières semaines ont été le théâtre d’une pensée commune. Celle de rendre hommage à un homme apprécié de tous. Le type de personne qui rompt – dans ces moments tragiques – toute forme de rivalité inhérente à ce sport. Si les éloges n’ont cessé de pleuvoir, c’est que Sala ne pouvait inspirer que le respect et la sympathie. À Cardiff, ville où Sala devait continuer son envol, les fans ont chanté à sa gloire comme s’il avait toujours défendu leurs couleurs. À Paris, les chants « Sala !! Sala !! » ont résonné dans les travées d'un stade d’une capitale pourtant si éloignée du nantais d’adoption. À Rennes, l’ennemi juré des Canaris, les supporters ont prié pour voir une dernière fois Sala crier de rage après un but dans un derby. Dans son pays natal, du président de la République à la légende Gabriel Batitusta – l’idole de jeunesse de Sala – les témoignages d’affection se comptent par milliers.

Et à Nantes bien évidemment. Là où ses rêves se sont concrétisés. Là où il a trouvé une famille qui a souvent été loin de lui dans sa carrière. Là où il aura à jamais une place dans l’histoire. La perversité du football actuel et ses vices n’ont jamais eu d’emprise sur Emiliano Sala. Dans un univers toujours un peu plus individualiste, il dénotait et se démarquait par sa générosité et son humilité. Une raison, s'il en fallait une de plus que les circonstances tragiques de l'accident, pour rendre la disparition de Sala encore plus dure à accepter. Mais malgré le vide, le nom d'Emiliano continuera à résonner pour toujours dans les coeurs.

Hicham Barrouk

Hicham Barrouk,