Le Dress Code : Comment se saper comme un jeune "white trash" insouciant et narcissique des nineties

Le Dress Code : Comment se saper comme un jeune

En 1995, bien avant que Supreme ne copule avec Louis Vuitton, Larry Clark livrait une ode à la street culture et a fortiori au streetwear, dans son premier film “Kids”.

Le film dépeint Telly, un adolescent d’environ dix-sept ans qui aime le skate et flâner dans les rues de New-York avec ses copains. Pas exactement un enfant modèle, plutôt du genre à donner des envies de Kärcher à Nicolas.

Telly plaît bien aux filles, qu’il préfère jeunes. Jeunes version “Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins”. Et notre “héros” a un fétichisme pour la virginité (virgins, gotta catch’em all). Il aime le dépucelage comme Kel aime le soda à l’orange.

Street culture, hip-hop, punk-rock, après-midi à taquiner la planche et les filles. Alors, quel est le dress code ?

VETEMENTS OVERSIZE

De toute évidence.

En réalité, dans la toute première scène du film, Telly apparaît à moitié nu, dans un instant d’intimité un peu gênant pour le spectateur. Les vêtements font leur grande apparition au bout de 4’53 minutes, quand il quitte la maisonnée de la petite qu’il a collée. Telly porte un tee-shirt oversize couleur brique et un baggy. Presque tous les autres personnages masculins portent une tenue similaire. Des manches courtes oui, car c’est l’été – et caniculaire ! – mais qui flirtent avec les coudes. Les vêtements homme taille XS n’ont pas trouvé leur place devant la caméra de Larry.

Les fringues amples évoquent une allure un peu cool, fluide et désinvolte. Pas mal pour chopper des nymphettes.

Telly et son ami Casper

Les vêtements larges sont aussi plus confortables, ce qui est d’une importance majeure quand tu te gavottes de petits délits pour passer la journée.

A peine neuf minutes après le début du film, Telly et Casper ont soif. Mais quand y a “que le Diable qui t’laisse des pourboires”, le plus simple reste de t’octroyer sans bourse délier de quoi t’hydrater le gosier.

Grâce à son baggy qu’il portait initialement roulotté, pour faire prendre l’air à son tatouage sur la cheville, Casper, en le déroulottant, peut à l’aise faire entrer une bouteille dans son pantalon, qui glisse, telle Alice au pays des merveilles, contre son tibias tandis que Telly divertit le gérant à coups de slang exagéré : « do you happen to have tiz tdick ? ».

Les vêtements oversize sont aussi un marqueur de l’époque. Ils permettent de dater le film (ça et le fait qu’aucun iPhone n’apparaît à l’écran) tandis que dans son film de 2006, “Wassup Rockers”, Larry nous montre des néo kids à la sape plus ajustée.

Aujourd’hui, le vêtement oversize a clairement fait un retour triomphant dans nos armoires. Si vous ne me croyez pas, demandez à Demna.

SOUS-VÊTEMENTS APPARENTS

En 2008, Estelle draguotait Kanye: “Don’t like his baggy jeans but I might like what’s underneath”. On ne sait pas si insister auprès de Kanye pour visiter les States a fonctionné, mais 13 ans plus tôt, Estelle aurait peut-être pu chantonner à Telly “Don’t like your baggy jeans but I kinda like what’s sort of above it”.

Car les kids de Larry portent des sous-vêtements qui dépassent de leurs jeans. Ce qui est mis en avant dans la scène précédant celle du vol de teteille à l’épicerie, dans laquelle Casper glisse l’air de rien, en pleine rue, une main dans son caleçon.

Et, outre leurs caleçons, vous pourrez profiter des muscles finement dessinés des différents acteurs du film (genre tracés au fusain timide), puisqu’ils semblent tous appartenir au groupe de soutien des Shirtless Anonymous.

Cette mise à (torse) nu pourrait s’expliquer par le temps caniculaire. Si c’est le cas, cela permet de révéler plus encore l’importance du jean baggy pour l’appartenance vestimentaire de nos kids, car à plus de 35 degrés, il paraîtrait plus logique de déambuler en short…

LES CONVERSE

Comme le scande Grems, « ton statut social est dans les pieds ».

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la communauté du skateboard s’est mise à porter des Converse avant les Chuck noires d’Avril Lavigne dans « Sk8er Boi ».

Chuck Taylor, qui a conçu les « Converse » telles qu’on les connaît aujourd’hui, était basketteur. Mais Converse est devenue très populaire auprès de la communauté des skaters. Aussi du fait de sa popularisation par des groupes de rock.

 

Nirvana (un petit groupe dont vous n’avez probablement jamais entendu parler)

L’un des figurants du film apparaît d’ailleurs portant un large tee-shirt blanc comportant en son centre une étoile noire, aux contours jaunes. Clairement, il semble s’agir d’un tee-shirt Converse, qui rappelle aussi la Black Star de David Bowie ou encore un album des Jesus and Mary Chains’ (Automatic, 1989), ce qui accentue – du moins de notre point de vue contemporain – l’affiliation au rock.

Enfin, Converse se veut toujours parrain de la SkateVie, puisque son site propose des collections spécial skateboarding.

CASQUETTES

Juste après que Casper ne vole la bouteille chez l’épicier, le mini bad boy apparaît portant une casquette, à l’envers, ce qui n’était pas le cas au début du film.

Si Casper voulait la porter seulement pour une raison fonctionnelle, nul doute qu’elle aurait orné sa tête dès le début du film. Alors que là, portée à l’envers, juste après une scène de petit larcin, elle met en exergue le côté « ado rebelle ». S’il l’avait portée à l’endroit, on aurait plutôt pu y percevoir un signe, même involontaire, de besoin de discrétion après avoir volé l’épicier.

Telly, lui, semble plus incertain sur le sujet de la casquette. A 33 minutes, après avoir volé des dollars à sa mère et donné un coup de pied au chat, il s’examine longuement dans le miroir, casquette vissée à l’endroit puis à l’envers, visiblement aussi hésitant qu’un personnage shakespearien réfléchissant à sa condition. Ici, sa condition casquettoise certes, mais cela compte tout de même.

Quelqu’un sait de quand date la mode de la casquette à l’envers ? Difficile de trouver une date précise, mais l’on peut supposer que cela résulte de l’influence des joueurs de baseball qui ont toujours eu tendance à retourner leur casquette par moments pour améliorer leur champ de vision.

Et enfin, la vibe « City Mapper »

La casquette de Casper porte le sigle « NY », référence à la ville de New-York où se déroule l’action. Portée à l’envers et avec cette inscription, la casquette permet aussi de sous-entendre que la ville de New-York est une jungle. Et de faire écho au tee-shirt « ZOOYORK » que porte l’un des personnages secondaires, marque axée skateboard.

Quoi qu’il en soit, représenter son tiékar, sa ville, RPZ gros, est fréquent si ce n’est essentiel pour marquer son territoire, dans la culture urbaine. N’est-ce pas B20 ?

Voilà, un petit tour à Châtelet et vous aurez l’attirail nécessaire pour ressembler à un prince de la ville new-yorkais des années 90. On vous conseillera juste d’éviter la coupe de cheveux frangue comme Georges de Telly.

Soraya Zreik pour La Frasque

Audrey Sertillange,