"Les Misérables", la peinture parfaite d'une banlieue laissée à l'abandon

Hier soir, j’ai été voir le film de Ladj Ly : Les misérables.  Un scénario à la réalisation irréprochable qui retranscrit une réalité morose dans nos banlieues françaises. 

C’est bien la première fois de ma vie que j’écris sur un film, donc soyez indulgents avec moi. C’est également l’une des premières fois de ma vie que je sors d’une salle de cinéma aussi estomaqué, tout comme toutes les personnes présentes dans la salle ce soir-là, si je prends en compte le silence de mort qui régnait à la fin du film. 

 

Une réalisation époustouflante au service d’un scénario plus réaliste que fictif. 

Ce film traite de l’histoire de 3 membres de la BAC (Brigade Anti-Criminalité), Stéphane (Bento), Gwada et Chris qui exercent leur profession à Montfermeil, une ville recluse en Seine-Saint-Denis (93). Sous l’oeil aiguisé de Ladj qui a toujours eu l’habitude de  filmer ce territoire avec sa caméra et qui a vécu une bavure policière en 2008, cette réalisation nous montre les dessous des relations douteuses qu’entretiennent nos 3 baqueux avec les habitants d’une ZEP (Zone d’éducation prioritaire). Le réalisateur, qui est d’ailleurs l’un des piliers du mythique collectif Kourtrajme, souhaitait nous emmener à la découverte de banlieusards qui ne vivent de rien, à défaut de vivre. Tout au long de l’histoire, nous comprenons que la misère est le trait d’union entre toutes les personnes de ces quartiers défavorisés, que ce soient les jeunes de la cité, les mamans désabusées, les frères musulmans, les gitans, les commerçants du coin…et les flics virulents. Ladj, grâce à une atmosphère authentique et enivrante, dépeint parfaitement le quotidien miséreux de toutes ces personnes qui semble si loin de nos vies parisiennes. Aussi, ce long-métrage met en avant une ville abandonnée par le système (comme tant d’autres), qui évolue à sa façon, avec plus de failles et de déboires, que de progrès et de solutions.  

 

 

Un peinture de notre société et de ces entraves. 

Pour être honnête, je n’ai pas peur de dire que ce film est une « claque dans la gueule ». Principalement car à l’inverse de nombreuses oeuvres cinématographiques de ces dernières années qui ont conquis le grand public, ce film n’est en aucun cas une fiction, tant il met le doigt sur de nombreuses réalités encore méconnues par une grande partie de la population française. 

Tout comme le film « La Haine », la tension est palpable tout au long de l'histoire, et nous maintient en apnée jusqu’à un final grandiose, qui sonne totalement le spectateur. À ce scénario, il faut ajouter  que notre réalisateur aborde des sujets existentiels tels que la pauvreté pré-dominante dans nos banlieues, le trafic et la corruption qui vont de paire, l ’insécurité des forces de l’ordre et surtout une population lâchée par un gouvernement indifférent. 

Comme Ladj lui-même le dit, ce film est un message adressé aux politiques. Également, j’ose espérer que ce film enlèvera certains aprioris de la part de nombreuses personnes sur nos "cités", qui ont totalement leur place dans le paysage français.  Car malheureusement, la misère qui y règne n’est pas venue naturellement, c'est juste la simple conséquence d’un gouvernement qui ne se préoccupe que de ce dont il a envie. À tel point qu’aujourd’hui, en voyant la distribution de ce film dans plus de 40 pays, Emmanuel Macron (soutenu par un gouvernement à la dérive) annonce qu’il va se bouger pour les habitants de ces quartiers. Pour être sincère, je pense que cette déclaration vient par crainte de voir la réputation de la France entachée par ce film qui illustre une réalité triste et surtout méconnue à l’étranger. 

Enfin, je souhaitais saluer Ladj Ly et son équipe pour ce film, mais surtout pour sa pertinence et sa qualité cinématographique. Le fond et la forme vont de paire, alors qu'il est important de savoir que tout cela a été tourné dans un budget très limité. Mais également que pendant quelques années, beaucoup de personnes de l’industrie du cinéma ne croyaient pas en ce projet et ne souhaitaient pas s'y associer. 

Pour conclure, soyons fiers de nos cités et soutenons-les, soyons fiers de notre France Black Blanc Beurre.  Mais surtout, réfléchissons à qui sont les vrais délinquants dans notre société.

Big Up,

Poète Zinda

Yvan Palma,