Chronique de la daronne : Lomepal

Chronique de la daronne : Lomepal

Je vais te briser les os et boire du sirop

La daronne a aujourd’hui pour mission de réagir sur Jeanine, le dernier disque du rappeur Lomepal. Logique, on reste entre vieux. Le disque est dédié à sa daronne’pluche ( Comme je ne sais pas comment on dit grand-mère en langue d’jeune, j’ai imaginé ce mot… Qu’est-ce que vous en pensez ? »)

J’aurais préféré faire une critique du dernier disque de Marianne Faithfull. Entre vieux, on se comprend… enfin parfois.  J’aurais dit : « Avec l’âge, on s’endort ». Si la rockeuse n’a pas pris une ride (sur la photo), elle a pris du somnifère pour enregistrer son dernier disque.

Mes connaissances du rap sont aussi épaisses que le cerveau d’un fan de Justin Bieber. Si on m’interrogeait sur cette musique, je prendrai un air averti pour dire :  « C’est un flot de paroles proposées par des gaillards qui parlent très fort jusqu’à ce qu’ils aient quelque chose à dire. Manque de chance cette logorrhée est servie par des analphabètes qui disposent de trois mots : Nique ta mère ! D’accord, comme certains sont créatifs, ils font des variantes. On a alors : « Mère ta nique ou Ta mère nique ! »

Ces à priori sont confortés par les échanges élégants de vedettes du genre. Si mon souvenir (et mon ami Google) se souviennent bien, Booka et Kaaris ont affirmé : « Je vais t’enculer. Je vais te briser les os, je vais boire ton sang »

Première super bonne nouvelle, Lompepal est copain de Philippe Katerine. Comme ce dernier n’est pas un artiste Magimix, on peut imaginer que son copain ne l’est pas non plus.

NB  :  Pour comprendre le concept fondamental de « l’artiste Magimix », il faut interroger vos daronnes. Il en aura toujours une qui aura une soeur ou une copine qui a investi dans un Magimix. Ce robot à plus de 1000 euros permet aux personnes qui ont deux mains gauches en cuisine  de devenir des chefs. Enfin, ça, c’est sur la notice. En vrai, ça sert de la bouffe moyenne, médiocre, de cantine qui doit plaire à tous les palais.

Avec Lomepal, deuxième bonne nouvelle, on ne boit pas du sang, mais du sirop à la fraise (confère les deux artistes évoqués plus haut). Il ne beugle pas,  il chante normal sans écorcher les esgourdes un peu anciennes. Je me suis donc mise à écouter l’album en essayant de comprendre ce que le gaillard raconte.

C’est parti pour les premières chansons.

Ne ma ramène pas

Ça commence bien. Lomepal assène deux vérités. Avec  « Ma grand-mère était folle et elle m'a transmis son pouvoir »,  il explique qu’un grain de folie dans un monde de normalité ne fait pas de mal. « Le succès, ce n’est pas toujours un cadeau… ». Si cela sonne comme une évidence, le jeune homme fait bien de la rappeler. 

Môme

« Tu peux enchaîner les succès comme Robert de Niro
Ça veut pas dire que tu sortiras gagnant du casino. »

Il insiste. Je partage. Dans un monde où n’importe quelle courge pavane avec ses 30 000 followers, c’est toujours bien d’enfoncer un peu le clou. 

X-Men

Le coeur de la daronne s’attendrit. Les potes du héros ne sont pas des gros durs avec humanité en acier trempé dans la dérision. Ils chialent et cherchent à oublier par tous les moyens la nana partie. Bref, ils la jouent à l’ancienne. C’est sympa de voir que des petits riens qui font tout ne changent pas dans un monde où tout bouge.

Plus de larmes

Burn-out du à l’excès de succès,  Lomepal n’a plus de larmes dans son corps. La daronne s’inquiète en entendant : « J’idéalise trop les rockstars, parfois j'ai peur de vouloir rejoindre le club des 27 ». Si vous le connaissez, dites-lui de venir boire une tasse de thé chez moi, je lui raconterai que cela peut aussi être marrant de vieillir.

NB  : Si certains lecteurs sont restés au Club des 5, je précise qu’on parle du Club des 27 pour les morts en série chez les stars entre juillet 1969 et juillet 1971. En deux ans, la vie a envoyé dans la boîte, Brian Jones, le fondateur des Rolling Stones, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrisson, co-fondateur des Doors.

Après la secousse provoquée par la réécoute du club des 27, les chansons de Lomepal semblent des berceuses. Bonne joueuse, je m’endors. 

La voix de Phillippe Katerine me réveille. Je l’entends raconter avec Lomepal. 

Comme les cinq doigts de la main 
On ne sait pas faire la même chose
Mais on sait juste une chose
On vivra toujours sur la même main

Une histoire perso de daronne envahit mon cortex. Semi-réveillée, j’ai envie de leur répondre : «À cause d’accidents de vie, peut-être  que les cinq doigts ne vivront pas toujours sur la même main. Heureusement,  comme les petits malheurs cachent souvent de grands bonheurs, cela n’empêche pas de bien prendre sa vie en main. Et même que… »

J’aime ou je n’aime pas Lomepal ?

Si ce n’est pas mon karma musical, il a réussi à m’interpeller et m’émouvoir. Merci l’artiste.

 

 

 

 

Ludovic Mazarin,