Memento Mori par Lior Nadjar

Memento Mori par Lior Nadjar

Memento Mori est un projet particulier : hybride, polymorphe, volontairement indéfini et illimité. Lior Nadjar dévoile un projet magnifique, la réalisatrice nous invite à la contemplation. C'est un croisement entre fiction, fashion film, clip. Une belle curiosité qui invite à venir bousculer les contours, les limites, les définitions, en connivence avec les codifications ou en les dépassant.  

Memento Mori from Lior Nadjar on Vimeo.

L'actrice Astrid Roos a su comprendre le rôle, avec subtilité et beaucoup d'intelligence, et lui donner toute son ambivalence : sa profondeur initiale vertigineuse et plombante mais aussi toute sa légèreté, pleine de lumière et d'exaltation, au moment de sa délivrance.

Actrice et mannequin, elle a permis de donner au film sa dimension fictionnelle et de fashion film.

Ce projet s'inscrit dans une multitude d'hommages :

Hantologie et surréalisme : la sensibilité exacerbée, lever le voile pour atteindre l'ultime vérité, l'hantologie et la manifestation des spectres du passé qui ont des choses à nous révéler pour vivre authentiquement le présent, le dérèglement des sens pour saisir le monde.

Symbolisme et cinéma : Memento Mori ou le "Souviens-toi que tu vas mourir". Le film se veut mettre en image cette expression, témoigner et figurer visuellement cette idée. Il y a dans ce film une trame linéaire et narrative mais l'intention était foncièrement de répondre esthétiquement, émotionnellement au sens de cette réalité. Cette formule invoque l'Art de mourir, mais ce film veut aller plus loin, tendre vers l'Art de savoir mourir. Le postulat est plombant et implacable, condition généralement occultée par le commun des vivants, ici il est question d'y faire face et d'apprendre à mettre de la lumière et de l'exaltation là où il y a notre finitude. Une renaissance dans la vie.

L'hommage musical : Barbara Moore et Roger Webb.
Dans ce projet, il y a deux morceaux qui sont des pièces sélectionnées avec soin et conviction. Passionnée depuis longtemps par l'Art du sampling, digger est une passion à part entière. Les librairies musicales (naissante et très en vogue dans les années 70) sont des vraies réserves à pépites. Depuis des années, je cultive un intérêt pour certains compositeurs, des artistes brillants qui se sont parfois - trop souvent - résignés à produire des commandes (pour des résultats souvent exceptionnels). Sauf que justement, leur talent et leur composition regorgent d'une qualité aujourd'hui incontestable. Les deux compositions - mythiques (notamment Moonbird, le premier morceau) - du film sont des pièces reconnues de la librairie musicale (anglaise) mondialement connue De Wolf.

 

Ludovic Mazarin,