PSG : Neymar, le talent au banc des accusés

PSG : Neymar, le talent au banc des accusés

Victime de l’âpre jeu strasbourgeois, Neymar est sorti sur blessure lors de la victoire du PSG en Coupe de France (2-0). Un souci pour le club de la capitale dans l’optique du match face à Manchester United. Mais surtout – au delà du cas du Brésilien – une question se pose sur les limites de l’engagement quand le talent est la seule équation à résoudre.

Sans forcer, ni briller, le PSG s’est qualifié pour les huitièmes de finale de la Coupe de France mercredi soir face à Strasbourg. Une victoire qui intervient dans un calendrier ultra chargé pour le club de la capitale, avec en ligne de mire le déplacement à Manchester United en C1. Sauf que la blessure de Neymar est venue refroidir un peu plus une soirée déjà bien glaciale sur le pré.

Chahuté d’entrée de match par des Alsaciens soucieux de ne pas endosser le simple rôle de sparring-partner, Neymar s’attendait à ne pas passer une soirée de tout repos. Comme chaque week-end de championnat dira-t-on. Mais la star brésilienne ne s’imaginait pas devoir quitter le terrain en pleurs peu après l’heure de jeu. Une blessure qui intervient après que le défenseur Zemzemi décide impunément de venir taquiner à trois reprises les jambes du numéro dix. C’est à la suite de ces contacts virulents, et non sanctionnés d’un carton par l’arbitre, que le Ney retomba mal sur son pied d’appui. Le même pied qui l’avait privé de quatre mois de compétition la saison dernière.

Si la réaction épidermique du Brésilien qui s’en est suivie est tout aussi compréhensible que condamnable, on retiendra surtout le geste technique quelques secondes après la faute. Comme pour prouver s’il le fallait encore que face à l’agressivité, Neymar n’a que son seul talent comme réponse.

Un combat à armes inégales

« On n’est pas venu en victimes. Neymar, c’est son style… Mais quand tu veux jouer comme ça, ne viens pas de plaindre si tu prends des coups derrière. C’est un grand joueur et je respecte le joueur qu’il est. Maintenant, on n’est pas là pour qu’il s’amuse avec nous. On n’est pas ses faire-valoir. Il veut s’amuser ? Et bien on répond avec nos armes. (…) Mais après, qu’il ne vienne pas chouiner. » On ne pourra certainement pas reprocher à Anthony Gonçalves, le milieu du RCS de manier la langue de bois dans son discours d’après-match. Sa réaction peut même s’entendre. Elle intervient à chaud, après une défaite synonyme d’élimination. Soit. Mais elle pose question.

Les provocations de Neymar balle au pied justifieraient donc des actes qui sont censés être répréhensibles ? Utiliser sa technique pour éliminer des adverses n’a jamais été interdit par le règlement. Vouloir y répondre par une attitude agressive et dangereuse l’est au contraire.

Neymar est un chambreur. C’est un fait. Un provocateur avec le ballon. Sans aucun doute. Mais il est avant tout un génie créatif. Un esthète, qui tente d’échapper à une certaine routine, comme il tente d’échapper à ses adversaires sur le terrain. Les spectateurs se déplacent pour assister à ce qui reste encore, et, espérons le longtemps : un spectacle. Et Neymar en est l’un de ses plus beaux représentant dans le football moderne. Mais peut-on justifier alors de se défendre face à ces artistes avec des moyens qui dépassent les lignes établies par les règles du jeu ?

Pour certains joueurs strasbourgeois, la réponse apportée au Parc des Princes hier laisse peu de place au doute. Même si comme l’a confessé Moataz Zemzemi, l'Alsacien à l’origine de la blessure de Neymar « J’ai été agressif sur le coup. Après, je ne l’ai pas fait exprès. Je ne suis pas du genre à faire cela. Je ne veux pas blesser les joueurs. Je m’excuse auprès de Neymar s’il est gravement blessé. Je luis souhaite un prompt rétablissement. » Difficile de remettre en cause la sincérité de ce jeune joueur de 19 ans. Une attitude plutôt louable qui vient trancher avec celle de son entraîneur qui est pour le moins incompréhensible.

Défendre l'indéfendable

« Il y a des moments où quand tu dépasses les bornes, il faut assumer. Assumer, parfois, c’est prendre quelques coups. Je comprends que mes joueurs en aient marre de voir des joueurs qui cherchent à les chambrer, à les narguer. Il a le droit aussi à un moment donné de se faire attraper, ce n’est pas interdit. Je veux bien qu’on protège les gens, mais il y a des limites aussi. Quand on fait une passe du dos contre Guingamp, c’est se moquer ! » Si l’on comprend bien le coach alsacien Thierry Laurey, il n'y aurait donc aucun souci à se faire justice soi-même. Pire encore, il existerait des gestes techniques acceptables et d’autres non, pour lesquels on mériterait de se faire « attraper ». Une drôle de conception du football où tous les écarts au règlement seraient donc tolérés.

Il est bien là le danger en réalité. Tous les joueurs, artistes ou besogneux, doivent être protégés de la même manière. L’arbitre en est le seul garant. Il n’y a pas de place pour l’interprétation personnelle. Etre irrité par les arabesques d’un Neymar, Messi ou Ronaldinho de son temps est admissible. Mais on ne peut en aucun cas légitimer l’agression comme moyen de défense. Les techniques licites sont nombreuses pour amoindrir la parole de ces créateurs d’émotions. Vouloir les réduire au silence reviendrait à rendre le football encore un peu plus terne qu’il ne l’est déjà. Ne nous trompons pas. Neymar est bel est bien la victime dans cette histoire. Son seul tort, c’est d’exprimer de manière extravagante ce que certains ont tendance à oublier : Le football est un avant tout un jeu.

Hicham Barrouk

Hicham Barrouk,