Rebelle de Kim Nguyen

Rebelle de Kim Nguyen Pour vous donner envie d'en savoir plus, on va citer simplement une critique du Huffington post : "Rebelle fait rire, pleurer et applaudir". Si on avait su à quel point cette phrase était proche de la réalité...

Sans situer précisément le pays où se déroule l'histoire, le réalisateur Kim Nguyen évite l'obligation de prendre en compte la justesse des jeux de pouvoir, des conflits armés et politique. On se situe dans un pays d'Afrique subsaharienne, où des guerriers rebelles arrivent dans un village et brûlent, tuent et y enrôlent de force des enfants, avec toutes les méthodes que l'on connait. Parmi eux, Komona, 12 ans, contrainte de faire d'horribles choses afin de "tuer son âme", avant d'être entraînée par les rebelles... C'est un drame et un cheminement violent que raconte ce film dans lequel la beauté contemplatrice rejoint une violence sauvage.

L'angle du récit est bouleversant : la jeune Komona raconte son histoire à son enfant dont elle n'a pas encore accouché. Dans le but qu'il comprenne l'histoire de sa mère et accepte peut être cette triste réalité : lorsqu'il naîtra, elle n'aura peut être pas la force de l'aimer.

Dans cet incroyable récit de survie, une parenthèse, étonnante, magique et violente... Une histoire d'amour, parfois très drôle, sincère et spontanée avec un garçon albinos surnommé "Magicien", qui avec la maladresse d'un enfant, mais les démons d'un enfant soldat, tente d'apporter du réconfort et de la tendresse. C'est dans les moments où l’héroïne ne fait plus la guerre, lorsqu'elle s'éloigne des combats et cesse d'être un symbole, que la magie opère et que le film devient aussi beau à voir que difficile à regarder.

Tout cela avec une bande son de très grande qualité, apportant une part de poésie et de dépaysement (s'il en était encore besoin)

 

Plus encore qu'au geste meurtrier qui leur a donné leur identité singulière, c'est le monde intérieur de ces enfants-soldats qui leur donne cette profondeur. Ses proches massacrés, l’innocence détruite, l’âme d'enfant écrasé, que reste-t-il du cœur dans ces conditions ? Voici les questions auxquelles Rebelles tente de répondre et réussit. Non sans mal tant nos gorges sont parfois nouées, nos oreilles voudraient filtrer ces mots si forts de sens prononcés avec tant de candeur et de normalité par une enfant.

De tous les chocs imposés par le film, le plus beau et le plus fort est sans doute celui du message qui s’immisce lentement dans nos esprits. Ces vies dont l'enfance a été volée, entre les balles. Ils ont tué, violé, consommé de la drogue tous les jours d'une enfance qui n'en est pas une, vu mourir des enfants dans les bras de leurs mères. Leur quotidien est fait de miracles qui ne se produisent pas. Ils viennent affronter la vie, qui leur a tout pris, avec la conviction inébranlable que l'amour continue d'exister, comme les rêves.

On en ressort hagard, les yeux parfois un peu humides, notre humanité touchée, de la révolte dans le cœur mais avec la certitude que l'espoir est permis : ni moins ni plus.

Ludovic Mazarin,