Le Stand Up

Les débuts

LF : Comment est ce que tu as débuté le stand-up, plutôt sur internet ou sur scène ? 

Guilhem : J’ai vraiment commencé avec ma chaine Youtube Masculin Singulier. Ça faisait très longtemps que je voulais faire du stand-up. C’est via Youtube que j’ai pris le courage de m’y mettre en voyant les retours positifs que j’avais. J’étais passionné de stand-up américain.

LF : Comment est ce que tu t’es familiarisé au stand-up américain qui n’est pas forcément médiatisé en France ? 

Guilhem : Maintenant c’est plus facile car Netflix met beaucoup de trucs en ligne, mais à l’époque c’est vrai que c’était moins le cas. Je me souviens qu’au début de Youtube je m’étais aperçu que je pouvais trouver pas mal de vidéos. Puis de clic en clic, j’ai découvert pleins d’humoristes américains. À cette période je commençais à avoir un bon niveau d’anglais, ce qui me permettait de comprendre ces vidéos aussi, car la plupart n’étaient pas sous-titrées. 

LF : Comment tu t’es forgé au stand-up ? T’as poussé les portes des scènes ouvertes, comment ça s’est fait ?

Guilhem : Comme tout le monde je me suis forgé sur scène. Après, j’ai eu un coup de pouce car un ami à moi travaillait pour Topito. Ils organisaient une scène ouverte au Paname, il a parlé de moi et demandé une date. Pourtant, quand je lui ai dis ça j’avais rien, aucuns textes en poche.  Là il m’a dit dans un mois t’as une date donc d’ici là faut que tu sois prêt. Ça m’a permit d’avoir une deadline et de m’y mettre. 

LF : Tu t’es trouvé comment pour ta première scène ? 

Guilhem : C’était mitigé. La première scène t’as une certaine indulgence de la part du public car tu es présenté comme « nouveau », donc en général ça marche à peu près pour tout le monde. Souvent ce qui se passe c’est qu’à ta deuxième ou troisième scène tu te manges un énorme bide par excès de confiance. 

Pour moi la première scène, certaines choses ont fait rire d’autres non, et  j’ai  découvert en 5min tous les trucs par lesquels tu vas passer dans les années qui vont venir. Là je me suis dit, okay c’était pas ouf mais j’ai quand même trouvé un intérêt qui me donne envie de continuer et de progresser dans ce domaine.

Le Paname

LF : Quels sont les horaires de prime time au Paname ? 

Guilhem : Samedi aprem, dimanche aprem un peu plus variés. après t’as le vendredi soir et samedi soir, et le jeudi dans la soirée, c’est un peu comme à la télé. T’as le « prime time » et si t’arrives à passer à ce créneau là, ça veut dire qu’ils te font confiance. Tu passes un cap. Au début, tu fais plein de scènes assez tôt, en suite tu en fais une un peu plus tard. Tu te rends compte que c’est dur, tu repasses sur un créneau plus tôt. Tu t’entraines à nouveau puis tu t’installes sur un créneau. 

LF : Je trouve ça un peu curieux car au Paname tu as des scènes aussi très tard dans la soirée, 23h, minuit. Qui sont ceux qui jouent à ces horaires, plutôt les rookies ou les humoristes confirmés ? 

Guilhem : C’est ceux qui sont là surtout. À une heure du mat’ c’est un plateau « test », 23h45 il y a deux, trois ans, le public c’état vraiment « ghetto », t’avais 15 personnes bourrées. Désormais le Paname c’est très rempli, tu as vraiment du monde tout le temps, le public de ce créneau a changé. C’est plutôt les gens qui n’ont pas eu de places pour le créneau de 22h30.

LF : Depuis combien de temps tu joues au Paname ? 

Guilhem : Ça fait 4ans que j’ai commencé. Il y a bien eu, au moins un an avant que je joue régulièrement. 

LF : Comment s’organise la programmation ? Si ça fonctionne tu es booké toutes les semaines ? 

Guilhem : En général après ta première scène, tu reviens 2/3 semaines plus tard. Il y a de nombreuses personnes qui veulent jouer donc il faut qu’il y ait de la places pour tout le monde. Ce qui a changé depuis quelques temps, c’est que tu trouves beaucoup plus de plateaux de stand up à Paris. Il y a quelques années c’était extrêmement différent. À part le Paname, il y avait  la Grill Cheese Factory à Bastille par exemple, mais l’endroit est très exigu et ça s’y prêtait pas forcément. 

LF : T’as pas eu peur que la multiplication des scènes de stand-up à Paris, casse le délire ? 

Guilhem : Non au contraire. Le stand-up pour t’améliorer tu as besoin de jouer le plus possible c’est comme un entrainement. C’est pas comme un groupe de musique par exemple, qui peut pendant un an, répéter tout seul dans son garage et s’améliorer. La seule façon pour un humoriste d’évoluer c’est la scène. 

LF : D’accord, du coup l’alliance de plus petites scènes sur Paris ça va te permettre de te roder pour les grandes ? 

Guilhem : Oui, ça marche ensemble. Il faut que tu aies des scènes où tu puisses te roder. À la différence du Paname, où tu vas avoir beaucoup d’humoristes confirmés autour de toi et un public très exigeant. Si t’es booké un samedi là bas à 20h tu vas pas commencer à tester des blagues. Les petites scènes, elles, sont plus freestyle, c’est ce qui fait leur charme et te permet de te tester face à un public plus restreint. Je trouve ça important qu’il y ait les deux, Au même titre que c’est bien qu’il y ait le Zénith et le Trabendo. 

France vs USA

LF : Pour toi le stand-up c’était quelque chose de typiquement américain ? Est ce que tu trouvais qu’on avait pas cette culture là en France/ à Paris ?

Guilhem : Effectivement, en France c’était plus des « sketchs », tu jouais un personnage. Les américains, ça va plus être des expériences de vie. Chez nous, lorsque tu te rapprochais de ces thématiques, c’était souvent très politique, comme Guy Bedos par exemple. 

LF : Sur ça j’ai l’impression que depuis 3/4ans le paysage humoristique français à bien changé. On voit que Fary a une spéciale sur Netflix. Il y a un essor en France qui s’est dissocié des Gad Elmaleh ou Florence Foresti qui eux sont issus du théâtre. Il me semble que la nouvelle génération s’est formée dans les codes américains, sur scène sans passer par la case théâtre. Je me demandais si tu trouves ce phénomène particulier à Paris ou bien tu retrouves cet essor dans d’autres villes en France ? 

Guilhem : C’est en train d‘essayer de se développer dans d’autres villes en France, notamment à Strasbourg je sais que ça commence à bien bougé. À Lille un petit peu aussi, mais il reste ce mélange avec du sketch + stand up. Il y a quand même quelques lieux comme ça qui commencent à éclore. Après comme on le disait pour que ça fonctionne, il faut une multiplicité de scènes et de gens. À Marseille par exemple, je sais qu’il y a un plateau une fois par semaine. Pour moi c’est comme tout, ça commence souvent à Paris, car c’est là où t’as le plus de monde, et ça se développe après dans les autres grandes villes françaises. C’est là aussi que la médiatisation du stand-up sur Netflix et internet va donner envie aux gens d’aller voir du stand-up dans leur ville aussi. 


Paris/Marseille  

LF : Toi tu viens de Marseille à la base, quel a été ton plus gros choc en arrivant à Paris ? ( À part de voir une équipe de foot qui sait jouer ?) 

Guilhem : Bah à l’époque c’était pas trop le cas pour le foot haha. Je suis arrivé il y a 10ans maintenant. J’adorais déjà la ville donc je n’ai eu que des chocs positifs. Ce qui m’a le plus marqué c’est d’avoir des trucs à faire tous les jours, tous les soirs. Même Marseille, qui est une grande ville, jusqu’au mercredi voire jeudi, t’as pas grand monde dans les bars. 

LF : Ça n’a pas changé dernièrement à Marseille quand même ? 

Guilhem : J’y vais moins, du coup je peux pas te dire maintenant, mais à l’époque quand j’y retournais ça me changeait beaucoup de mon quotidien parisien. Pour revenir sur les chocs, le choc un peu plus négatif ça a été de se dire, ça va être long de s’intégrer. Il y a tellement de trucs à faire, c’est dur de trouver ton cercle d’amis. J’ai mis bien un an avant de me trouver un cercle sûr. 

LF : Est ce que c’est une source d’inspiration pour toi Paris pour le stand-up ? 

Guilhem : Oui carrément, parce que j’ai tout un passage sur Pigalle. D’ailleurs, quand je me projette faire des scènes à Montréal par exemple, qui est une sorte de passage obligé pour les humoristes français, je me demande comment je pourrais y adapter mes textes car la plupart des références sont assez parisiennes/françaises. De même, en allant jouer en province, il m’est arrivé de devoir changé quelques trucs parce que je savais que ça ne passerait pas. 


La Cuisine 

LF : Est ce que tu penses qu’on mange mieux à Paris ou à Marseille ? 

Guilhem : Je pense qu’on mange mieux à Paris, parce qu’il y a beaucoup plus de restaurants. Il y a une culture culinaire hyper forte ici, plus cosmopolite et t’as un esprit de compet’ qui pousse les restos à s’améliorer. À Marseille on mange de mieux en mieux, il y a pleins de nouveaux lieux qui ont ouvert et sont très cool. Là bas, c’est cosmopolite également mais bien plus marqué par le côté méditerranéen. 

LF : Est ce que tu penses que ton amour pour la gastronomie t’as fait découvrir Paris autrement via ta quête des restaurants inédits ? 

Guilhem : Ouais c’est possible, surtout que c’est la seule façon dont je visite Paris c’est quand je pars à la découverte de nouveaux restos. Le revers de la médaille c’est que tous les restos sont plutôt concentrés au même endroit. Je vais rarement dans le 15ème, c’est plutôt 18ème, 10ème, 11ème, éventuellement 12ème mais pas forcément plus loin. 


Toucher à tout 

LF : Je trouve ton profil révélateur d’une génération qui touche à tout, qui se passionne pour plusieurs choses, sans forcément faire un choix de carrière dans une seule de ses passions. Comment est ce que tu t’es affirmé sur ce choix de tout faire ? 

Guilhem : Je pense effectivement que c’est assez générationel, il y a énormément de gens créatifs et touche à tout. Je pense aussi qu’on agit comme ça car chaque élément pris indépendamment ne nous permet pas de gagner notre vie. Il y a eu un moment où je me suis dis je peux pas faire « que ça », non seulement parce que je ne serais pas totalement épanoui mais aussi parce que je pourrais pas en vivre. C’est qui est bien c’est qu’on a aussi la possibilité de le faire, si t’as envie d’apprendre quelque chose tu peux checker une vidéo sur Youtube et apprendre seul. Tu as un écosystème vertueux, où si tu veux apprendre disons la couture, tu as des vidéos pour t’apprendre, Instagram pour poster tes réalisations et les partager avec une communauté qui s’y intéresse. Tu peux aussi vendre tes réalisations si tu en as envie. Il y a vraiment mille possibilités. 

Je me souviens que lorsque j’étais en école de ciné il y a 12ans on avait pas tout ça. Ce qui fait que lorsqu’on tournait des courts métrages pour les montrer à des gens, il fallait graver des dvd, les envoyer aux festivals. Tu en envoyais à 30 festivals, fallait être sélectionné et c’était projeté devant 50personnes max. À l’époque, c’était le seul moyen de montrer ton film à d’autres gens que tes potes et ta famille. Maintenant, tu le mets sur Youtube et ça réduit énormément les étapes entre ton projet et le communiquer à un nombre infini de gens. Si cette aprem je me dis que je veux me lancer dans le rap, je me filme, le poste sur Youtube et ce soir il est en ligne, c’est tellement rapide. (rires) Je dis pas que ce sera bien. 

MASCULIN SINGULIER 

Guilhem : Par exemple Masculin Singulier, c’est parti d’un délire qu’on a avec ma copine. Le concept c’est de parodier les youtubeuses entre nous de temps en temps. Puis un jour je me suis dis que ça serait marrant d’essayer de faire une vidéo. Et enfaite en 10 vidéos j’ai fais 20 000vues, et c’est fou. Même si on s’y est habitués aujourd’hui à ce genre de chiffres, en vrai c’est énorme. 

LF : C’est très américain aussi cette caractéristique de faire plusieurs choses. Tu as plein de gens qui sont à la fois dj/cuisto/entrepreneur, ils appellent ça le « slashing » et il semble que c’est enfin rentré dans les moeurs françaises.

Guilhem : C’est vrai, et c’est aussi important de trouver un fil rouge dans toutes tes professions qui vont créer de la cohérence dans ce que tu fais. Par exemple, j’ai été DJ aussi à un moment, et en faite tu le fais pas assez longtemps pour être très bon, t’es pas mauvais mais t’as toujours des gens qui seront meilleurs que toi car ils ne feront que ça. D’où l’importance de trouver une cohérence dans tes multiples projets et d’arriver à le communiquer au public qui va se dire que certes t’es pas le meilleur dans tel domaine, mais toutes expériences autres font qu’ils ont envie de te suivre. 


Se former 

LF : Tu fais beaucoup de choses différentes qui demandent d’être un peu autodidacte. Tu montes tes vidéos pour Youtube, le stand-up on en a déjà parlé, mais tu fais a aussi le podcast Bouffons, comment tu te formes à tout ça ?

Guilhem : Le montage je l’ai appris un peu tout seul, un peu à l’école. J’en fais depuis que je suis au lycée, j’avais Imovie et je faisais des petites vidéos. J’avais fais une vidéo pour mon TPE par exemple, qu’on a pas pu montrer parce qu’évidemment l’ordinateur ne marchait pas (rires). J’étais dégoutté après avoir passé un mois dessus. 

Après la cuisine c’est pas mal de vidéos, de recettes, lire des articles, tu essayes et puis tu rates au début, et plus ça va, plus tu t’améliores. 

Le stand-up c’est vraiment sur scène en discutant avec les gens. En faite, il y a plein de manières différentes d’apprendre. Tu vois le podcast, ça va être le fait d’écouter d’autres podcasts les comparer aux tiens. C’est un juste que le travail d’apprentissage sera différent selon les plateformes. 

LF : Avec tous tes projets, au même titre que les gens en freelance, comment est ce que tu arrives à t’organiser ? 

Guilhem : En vrai, c’est surtout le calendrier google/mac qui me sauve. Auparavant je notais pas beaucoup mes rdv et au bout d’un moment tu te rends comptes que c’est primordial de noter le moindre truc. Si je note pas j’oublie et il faut tenir ses engagements si tu veux être un minimum crédible. 

LF : Est ce que plus tu fais de projets, plus tu as d’énergie ? 

Guilhem : Non pas du tout. (rires). Non vraiment, c’est pas une histoire de quantité mais plutôt de qualité des projets. Il faut que ce soit stimulant pour que je tienne la route. Dès que t’as un truc qui est un peu chiant tu ressens direct que t’es fatigué. Cette fin d’année j’ai enchainé énormément de trucs et le dernier projet je sentais que j’étais vraiment au bout physiquement. C’est à ce moment là que tu te dis faudrait que je dorme un peu. 

LF : Au final entre le stand-up qui se déroule essentiellement le week-end et tes projets à côté tu n’as plus vraiment de temps de repos classiques, comment tu gères ça ? 

Guilhem : C’est pas tant le repos, que la vie sociale qui devient un peu bizarre. Tu finis par caller ta vie sociale comme un rdv et c’est étrange. Dès que t’as un diner tu le mets dans ton calendrier au même titre qu’un rdv pro pour être sûr de prendre le temps. La difficulté c’est pas tant d’arriver à jongler entre tes rdv pro que d’arriver à trouver une bonne balance pour faire de la place à ta vie sociale. D’autant plus que c’est elle qui m’inspire dans mon processus créatif pour le stand-up et autres. 

LF : Tes 3 meilleures adresses à Paris

Guilhem :

      • Stand up : L’Étage marrant, tous les vendredis, samedis, dimanches à 20h à la Brasserie Barbès.
      • Resto : « Uncino » Pigalle  
      • Sortir : « En vrac », cave à vin/resto, serve du vin en vrac, tu peux ramener ta bouteille. Sélection de vin quali, sympa. 19eme 

LF : Tous les mardis on propose un coup de coeur dans nos stories Instagram tu peux nous en donner un ? 

Guilhem : Rosalia – album coeur coeur 

LF : T’aimes la bouffe, les lieux conviviaux, le stand up , est ce que dans tes projets il n’y aurait pas l’envie de créer un lieu qui rassemblerait tout ça ? 

Guilhem : J’y ai déjà pensé mais nan pas pour l’instant. À la fois ça me permettrait d’unir mes passions mais de l’autre côté je changerais complètement de métier. Je ne ferais plus vraiment de stand up, ni de bouffe mais je serais juste gérant du lieu. Ça m’obligerait à arrêter des trucs que j’aime. Les reconversions c’est cool si t’aimes pas ce que tu fais de base, sauf que moi j’aime ce que je fais.