Pour la sortie de son troisième Opus – Bajo El Mismo Cielo – La Dame Blanche était à la Marbrerie pour la release party ce vendredi 25 mai.

Un ciel orageux.

Ma box affiche 19h30. Dernière couture sur mon pantalon à rayures, j’enfile un large t-shirt, ma veste en jean et chausse la paire de Doc’ couleur marécage qui se trouve à ma portée. Chignon bataille – classique concert. Je check une dernière fois mes poches, attrape mon sac et ZOU !

50 minutes de métro me séparent de la Marbrerie dans le 93. Heureusement que j’ai sous la main mon Jewish Gangster, un bouquin de Karim Madani que je recommande au passage. Je me tape toute la ligne 9 à l’heure de pointe – un régale. Une pensée pour le rappeur Swift Guad en dépassant Croix de Chavaux et j’arrive enfin au terminus : Mairie de Montreuil.

Je marche 3 minutes sous la pluie – comme la fois où j’étais partie voir Secret Value Orchestra (article à relire ici) – et l’odeur des gouttes au contact de l’asphalte me rappelle ces douces pluies tropicales. On est le 25 mai, l’été 18 arrive et l’orage le suit de prêt.

Posée à La Marbrerie.

Je rentre dans le hangar de la Marbrerie, c’est grand et plutôt vide. En fond sonore, on peut entendre Max Romeo chanter « I’m gonna put on a iron shirt, and chase the devil out of earth », suivi d’un Eek a mouse, Police in helicopter. La playlist tourne. Cette soirée est articulée par le collectif Demolisha, fierté de Montreuil. Des Djs devenues padre dans l’organisation de soirées hip hop au début des années 2000.

Les quelques personnes dans les environs ont les mains prises par leur plateau chargé d’assiettes fumantes provenant de la cantine. Pilons de poulets, boulgour et patates douces pour les viandards ; lentilles et tofu pour les veggies. J’opte plutôt pour un ti’punch, puis un autre (ne me jugez pas). Je patiente et prends quelques notes avant de redescendre vers la scène où s’installe Paloma Pradal qui assure la première partie du live. Vous souvenez-vous de ce tube avec Taiwan MC ft Miscellaneous & DJ Idem, A Mi Lado ? Et bien la voix puissante là.. C’est elle !

Paloma Pradal & Lydie Fuerte – ©Val Nouchka

Sauf que ce soir elle est plus calme. Assise sur son cajon, elle promène ses doigts fins sur le bois claire et lisse de l’instrument. Elle n’hésite pas à frapper de ses phalanges pour former des notes plus sèches. À cappella ou accompagnée de la guitare de son amie Toulousaine Lydie Fuerte qui « a crée des accordages de malade pour trouver des sonorités nouvelles » (P.P.). Elle déploie ses ailes vocales, et c’est comme un aller simple vers l’Espagne et ses contrées gitanes.

Place à La Dame Blanche !

Changement d’ambiance lorsque l’auteure-compositrice-interprète, flûtiste et percussionniste Yaité Ramos Rodriguez alias La Dame Blanche arrive sur scène accompagnée de son batteur/clarinettiste et de son Dj. Ils mettent le feu aux poudres ! C’est à l’occasion de la sortie de son troisième Opus, Bajo el Mismo Cielo, sortie chez Jarring Effects Label ce vendredi 25 mai, que la fille de Jesus « Aguaje » Ramos, le célèbre directeur artistique du Orquestra Buena Vista Social Club, irradie la scène de son timbre de voix. Elle arrive cigare au bec, paraît d’un jupon de dentelle blanc, casquette vissée sur ses tresses, soutien-gorge en sequin à paillettes apparent, le tout monté sur deux talons à lacets blancs kitch façon Mary Poppin’s. Elle prend sa flûte traversière et démarre un enchaînement de notes sur un riddim ragga hip-hop. Le ton est donné, les hanches chaloupent en rythme et le public se met a chanter Una copa Llena.

La Dame Blanche – ©Val Nouchka

Bercée à la rumba cubaine, sa terre de naissance, Yaite est aujourd’hui une figure phare de la nueva cumbia qui dynamite l’Amérique latine. Sa palette musicale, aux multiples couleurs, passe du hip hop au reggae en passant par la dancehall, la cumbia ou le moombhaton, « un genre de fusion musical entre la house et le reggaeton, créé par le Dj et producteur américain Dave Nada » (wiki). Contrairement à ses précédents albums, on retrouvera ici moins de flûtes et plus de sonorité hip hop.

« J’y trouve une liberté, que je ne rencontre dans aucun autre style. Dans le hip hop, je me sens libre de toute technique, dégagée des structures imposées » Y.R.

Yaite Ramos Rodrigez – ©Val Nouchka

Dans ses textes, la jeune femme chante l’histoire d’une voisine de sa mère au destin tragique (Ave Maria), décrit les vies des personnes atteintes de troubles de la personnalité (Dos Caras), ou le quotidien d’une femme au corps épuisé (No da para na). Elle y parle aussi pour la première fois de son histoire personnelle.

On peut dire qu’elle sait prendre soin de son public, à coup de lampées de Diplomatico. La soirée est arrosée autant dans les gosiers que sur les nuques.

Ça sent la sueur, le cigare, le rhum et l’amour.

 

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