Pierre Cardin disait : » de toute façon la mode est toujours ridicule avant et après, pendant elle est merveilleuse ! »

Mardi 6 mars 2018, la Paris Fashion Week tombe le rideau. Après New York, Londres et Milan quel bilan pouvons nous tirer de ce dernier bal où les nouvelles jeunes filles à marier ont été remplacées par des influenceuses en quête de nouveaux partenariats rémunérés ?

Aujourd’hui à la fin des défilés nous n’applaudissons plus. On snap, on instagramise le moment présent pour des questions de postérité ou bien pour faire monter le nombre des vues sur les réseaux. C’est un cercle vicieux au sein duquel les maisons de prêt-à-porter répondent par la volonté de faire parler de soi coûte que coûte. Une utilisation outrancière de l’image afin de réaliser les mises en scènes les plus étonnantes et originales.

L’hiver prochain, la femme Gucci et la femme Goudechiotte n’auront pas froid aux yeux !

La création est morte, Buzz must go on !

Le regain de notoriété et le nouveau souffle chez certaines écuries de ces dernières années a maintenant laissé place au cirque marketing. J’étais la première à saluer le renouveau apporté par Alessandro Michele chez Gucci. La marque dormait depuis quelques années au point où tu n’aurais jamais osé sortir ton vieux sac bowling monogrammé pour aller bruncher le dimanche. Le mec débarque pour faire son petit coup d’état tranquille et en quelques temps, il détourne les codes de la marque pour mieux les faire renaître. En une saison, le monogrammé renait, le baroque, l’art déco, le velours, la dentelle ne sont plus kitsch mais raffinés et référencés !

Mais dernièrement c’est le drame… trop c’est trop. A force de trop vouloir exploiter le filon, on perd en authenticité et en originalité. Alors j’ai bien aimé la référence Game of Throne avec les dragons, encore plus l’auto-porté de ta propre tête made in musé Grévin comme une dénonciation de l’égo trip régnant dans le monde de la mode (ouai je vais très loin mais j’essaye d’intellectualiser le truc tu vois ?). Par contre Ale (oui c’est comme ça que je l’appelle), tu craques ton slip ou alors tu vis vraiment dans tes années 70’s/ 80’s. Impossible en 2018, non mais je t’assure vraiment de faire porter en toute impunité des turbans sikh à tes mannequins. Non ce que tu as voulu faire c’est simple ; Un petit coup de com’. Pas possible autrement.

Prochain accusé à la barre ? Balenciaga. Depuis que les génies fous furieux de Vêtements ont repris les commandes, effectivement Cristobal (Balenciaga) a dû se retourner dans sa tombe noir sur fond noir. Si on a pu dans ses précédentes collection souligner l’audace de la direction artistique, cette fois ci c’était plus délicat. Imaginez-vous un lit, réceptacle de manteaux lors d’une soirée, un samedi soir !

Layering is IN – autrement dit n’aies pas peur d’être ridicule et accumule !

Lendemain du défilé je reçois un message d’une personne très influente dans le monde de la mode Gabino-Ségurienne* sur IG :

– Toujours plus

– Quoi Balenciaga ?

– Ouai, c’est un peu comme tes cintres dans ton dressing pour remédier au manque de place ahahah

– Ahahaha que veux tu je les ai surement inspirés

– C’est n’importe quoi. Ma théorie de la friperie se confirme au sein des marques de luxe soit disant innovantes et révolutionnaires. On peut faire ça le week end pro si tu veux. On met tout notre dressing sur nous.

– Je screen pour mon article jpp :d ; je citerai « une source mode »

– Anna Wintrou

La question est de savoir si cette quête d’ultra-visibilité permet un renouveau dans la créativité et l’énergie dans le monde de la mode. La réponse n’est pas nécessairement négative mais dans la plupart des cas on s’aperçoit que les marques qui recherchent le tsunami médiatique ne sont pas les plus innovantes dans le renouvellement des collections.

Préparer sa soupe en ballerines poissons et changer un pneu en imper’ Mira Mikati – Combo gagnant 2K18

Ce ressentiment a d’ailleurs poussé certains à dénoncer la Fashion Week de New York de plus en plus vouée au marketing plutôt qu’aux vêtements. En décembre dernier la griffe Public School avait annoncé son souhait de mettre en place un modèle de vente directe à sa clientèle. Dernièrement c’était la marque New Yorkaise Thom Browne ainsi que la marque Altuzarra qui confirmaient leur attachement à la capitale française. Est-ce une prise de position face à l’emballement médiatique de la grosse pomme ? En tout cas, les têtes de chiens en peluche qu’arboraient malicieusement les mannequins sur le défilé Thom Browne était très certainement un pied de nez aux têtes coupées sur le défilé Gucci ainsi qu’aux chiots (bien vivants pour le coup) qui tenaient compagnie à Gigi Hadid entre autre, chez Tods. Ici aussi, la maladresse de la firme anglaise se moquait bien de la confusion qu’il pourrait y avoir entre des animaux, des êtres vivants doués de sensibilité et des accessoires modes !

Rien ne va plus à Fashion Land. Dolce & Gabbana fait défiler des drones pour présenter sa collection de maroquinerie, Karl fait abattre des arbres pour le défilé Chanel. Show des plus attendus chaque saison avec ses décors magistraux, on assiste au paroxysme du trop c’est trop ! Et d’un seul coup d’un seul celui a qui on ne conteste jamais l’octroi de l’écrin convoité du Grand Palais de Paris descend de son runway d’estale !

Keep your creation close, the buzz closer !

Pour autant, il demeure certains bons élèves. Des jeunes créateurs français qui s’attachent encore à créer et racontent de réelles histoires à travers leurs collections, allant pratiquement à l’opposé de cette recherche presque viscérale de faire le Buzz. A ce titre, un des créateur de Jour/né a pu raconter à l’une de mes sources amour, gloire et mode avec passion d’où lui était venu l’inspiration de la collection F/W 18. Ayant tous les trois fêté leurs 27 ans cette année ils ont souhaité rendre hommage au club des 27, au grunge, à la poésie, au talent et à la création. « J’ai vraiment été happée par l’histoire qu’il me racontait et les pièces de la collection. Selon moi, Gucci, Balenciaga c’est commercialement très efficace mais très boring et plat en terme d’âme » m’a-t-elle confiée.

Dernièrement, une autre marque italienne semble se réinventer. Prada sort de sa traversée du désert. Le show présentant sa collection n’était certes pas des plus humbles (il s’y déroulait à la Fondazione Prada sur les toits, à coup de gros néons en forme de bananes, de singes, d’araignées ou de dinosaures tout autour de la Fondation). Mais sur le fond, la belle Italienne a su se réinventer entre ses valeurs sûres du passé, le nylon lui valant d’être avant-gardiste, et très certainement celle du futur: le détournement des logos rétro-futuristes (y compris la géniale languette rouge de la ligne Prada Sport arrêtée au milieu des années 2000). La femme Prada fait le buzz parce qu’elle est contemporaine et partout à la fois : à la pêche avec son bob sur la tête, au ski avec sa veste matelassée, à la réu de lundi matin avec ses escarpins fluos haut perchés !

Statement : j’ai pas le temps de me changer après le cours de box thai.

Les opérations marketing ne sont pas nécessairement contreproductives et vont parfois au soutient de bonnes causes. Liquidée en seulement trois jours, la marque Lacoste a collaboré avec l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature et son programme « Save Our Species » en soutien aux dix espèces animales les plus menacées au monde en oubliant le temps d’une édition limitée le crocodile emblématique.

Aucun animal n’a été maltraité sur le chemin du local poubelles où nous attendais un paparazzi en quête de nouveaux scandales et fashion faux pas !

Enfin, de nouveaux chevrons de la mode utilisent aussi le phénomène de buzz de manière plus subtile sans manquer d’être inévitable. C’est le cas de Off_white, défilé auquel j’ai eu la chance d’assister. Arrivée assez à l’heure pour pouvoir être bien placée (downgradrée par un mail dans l’après midi, il faudra être debout en même temps c’est tellement 2.0 les fronts row), on comprend tout de suite l’ampleur du phénomène. Une non organisation de l’événement qui laisserait presque à penser que cela est fait exprès, histoire de ne pas s’éloigner de trop de la street crédibilité que ne cesse d’aduler les nouvelles maisons de prêt-à-porter. Si Virgil Abloh est accusé de buzz et usage de buzz, sa ligne de défense sera son don d’ubiquité. Off_white est partout : Byredo, Jimmy Choo, Nike…

Méfiance. Si la dernière collection continuait d’être authentique et douée de références permettant aussi bien des rencontres incongrues telles que peintures du Caravage et streetwear (j’ai même vu des touches du Douanier Rousseau) créant ainsi des mélange pointus et décalés, il ne faudrait pas pour autant tomber dans le binge licensing. On pourrait très très très vite se lasser !

 

*Une source originaire d’une petite ville de la banlieue nord-est établie coté rive gauche de Paris.