Yung Lean

Paris. Mardi 24 Février 2015. La machine du Moulin Rouge.
Premier live de l’année et pas des moindres, Yung Lean & Sad Boys organisé par le promoteur Allo Floride.

Contrairement aux events précédents du Social Club et du Batofar, les scandinaves étaient cette fois-ci les seuls à assurer le show dans un format concert. Je m’étais dis: « ça y est, enfin! », les mecs attirent assez de monde pour remplir à eux seuls de grandes salles parisiennes et à mon plus grand bonheur, la Machine avait été choisie pour l’unique date du tour en France. Toutes les conditions étaient alors réunies pour qu’un beau bordel s’organise et que l’on en ait pour notre argent. On en gloussait même entre potes, comme des débiles, les doigts pointés vers le ciel en forme de kalash.

Alors, “Up in the club on a Tuesday” ? On y était, je vous raconte.

Yung Lean

« Catch me in a hotel with your mother and her cousin »

Yung Lean, 18 ans, de son vrai nom Jonatan Aron Leandoer Håstad, est le chef de file du ”sad rap movement” en Europe. Reproduisant comme par mimétisme ses idoles favorites sur le net, il a su de manière très précoce intégrer les codes du hip-hop. Pur produit de la génération internet, il se nourrit de l’esthétique japonisante et futuriste véhiculée sur Tumblr et Myspace. Sorte de sosie douteux de Justin Bieber mixé à Sam du Seigneur des Anneaux, son style, à mi-chemin entre health goth, seapunk et émo, est un savant mélange des tendances mode qui fourmillent sur le web. S’il parle dans ses textes comme la plupart d’egotrip, de drogues et de filles de joie, il explore cependant ces thèmes de manière tout à fait singulière, notamment grâce à une utilisation très mélodique de l’auto-tune. Sa dégaine de teenager défoncé à la colle, les mains jointes en signe de prière et sa “crunch pose”, véritable signature du rappeur, collent plus que parfaitement à l’imagerie rêveuse et introspective qu’il veut faire transparaître dans son univers musical. On peut certes croire à la première lecture d’une de ses vidéos au canular, mais les haters peuvent rager : il est bien le digne héritier de la culture pop 2.0 et apporte clairement quelque chose de frais et novateur au rap en général.

Yung Lean

Back in the days, le jeune Lean Doer s’initie au hip-hop via le classique de 50 cent “Get Rich or Die Tryin’” et rencontre à la même période, dans un parc alcoolisé, ses deux acolytes et producteurs Yung Sherman et Yung Gud avec qui l’aventure Sad Boys débutera.

En 2012, “Ginseng Trip 2002”, vidéo du morceau tiré de son premier projet “Lavender EP” explose le compteur Youtube et le fait connaître sur la toile. Il confirme par la suite son talent en sortant sa première mixtape “Unknown death 2002”, que le magazine Vibe classe dans son top des “Overlooked Mixtapes” de 2013.

En Septembre 2014 sort son premier album “Unknow Memories”.  Consécration, la première date de la tournée au Webster Hall de New York est ovationnée par le New York Times et XXL Magazine classe dans la foulée le petit génie dans son Top 15 des rappeurs européens “that you should know ». Sponsorisé lors de cette tournée par Arizona Ice Tea, dont il faisait (avant d’être fam’) la promo à titre bénévole dans ses textes, le jeune Lean Doer s’est construit en deux ans une solide carrière de rappeur, multipliant les collaborations avec des artistes de renommés tels que Yung Gleesh, Travis Scott, Denzel Curry, ou encore Lil Debbie. Il a même eu un beef avec SpaceGhostPurrp, c’est pour vous dire…

C’est donc après s’être enfilé quelques pintes hors de prix sur le boulevard que nous nous sommes dirigé vers la Machine. Une fois à l’interieur, on s’est mêlé à la foule et le Sad Boy Emilio Fagone se posta derrière les machines, prenant ainsi la place de Supa qui assurait précédemment le warm-up. Avec énergie, Il nous envoie notamment quelques titres du dernier projet de Yung Gud intitulé “Beautiful, Wonderful” et “I will be there”, titre de la brand new collab de Yung Sherman et Bearface.

Puis les lumières s’éteignent et les notes du synthé futuriste du très efficace “Damn Gud Shawty” annoncent le début du show. Sous les sifflets du public, Yung Lean suivi de près par Bladee font leur apparition sur scène et balancent avec fracas les bars du premier couplet.

Leur entrée est bien ficelée et le public est d’ors et déjà conquis, bounçant aux rythmes des productions assassines du “Crushcore Master” Yung Gud. S’en suivent les classiques “Ginseng Strip 2002”, “Kyoto”, l’excellent “Yoshi” puis “Greygoose” et “Hur”, dont les couplets sont repris à l’unisson par la foule. Ils enchaînent ensuite avec entres autres “Motorola”, “Volt”, “Its sad boi” et “Lightsaber // Savior” … pour brusquement quitter la scène sans dire un mot après seulement 45 minutes de show.

La machine voit rouge.

Aucun bruit ne plane dans la salle et personne pour rappeler les artistes. Ils reviennent sur scène cinq minutes plus tard pour un dernier titre avant de quitter les lieux pour de bon. La foule qui avait jusqu’ici foutu un bordel pas possible venait de se prendre une carotte, moi y compris.

Yung Lean

J’ai assisté à de nombreux concerts, de la piètre performance jusqu’au sublime sans faute. Ce concert ne figurait dans aucune de ces deux catégories. À part quelques cafouillages, des morceaux amputés d’un ou deux couplets et une interaction fragile avec le public, la performance avant leur départ précipité mérite d’être tout de même saluée. Mais (car il en faut bien un et celui-ci est de taille) c’est tout de même avec une grande frustration que j’ai quitté les lieux. En effet, ne pas jouer des classiques comme “Oreomilshake”, “Gatorade” ou encore “Emails” est à mon sens cruel. Par respect du public, il se devait de défendre ces morceaux sur scène au lieu de privilégier la promo du dernier album, surtout pour performer dans un laps de temps aussi court. On pourrait mettre ce raté sur le compte de la fatigue, du fait que cette date était la dernière d’une longue tournée mondiale car il arrive que des artistes ne soient pas dans leur assiette le jour J, mais la pilule à du mal à passer. On avait l’habitude du manque total de respect des rappeurs étrangers venus se représenter dans la capitale, mais venant d’eux ? Étant un aficionado du groupe, j’osais espérer qu’il y aurait matière à donner un concert digne de ce nom aux vues des projets sortis. Au lieu de ça, Yung Lean et ses gars nous ont montré ce soir là qu’ils étaient encore de simples rookies, expédiant le concert à vitesse grand V et nous vendant un concert “Yung Lean & Sad Boys” qui n’en était pas un. White Armor (producteur du groupe Gravity Boys affilié à Sad Boys) qui était en backstage n’a pas daigné monter sur scène, ni Yung Gud, ni Yung Sherman n’étaient présents et Bladee aura lui backé Yung Lean sans interpréter un seul de ses morceaux solo. On peut donc parler ici d’un showcase (à 25 boules quand même!) de Yung Lean, tout au plus. J’espère simplement être tombé le mauvais soir, et continuerai à suivre assidûment leur parcours et leur souhaite de revenir bientôt sur Paname pour défendre de nouveaux projets. Je vous quitte d’ailleurs avec “Diamonds”, dernier morceau qu’il a clippé en featuring avec son compère Thaiboy Digital et vu la qualité du truc, on ne laisse présager que du bon pour lui et son crew.