A São Paulo, chaos urbain de 21 millions d’habitants, résultat d’une croissance autant effrénée qu’inorganisée, la Mamba Negra, collectif artistique, insuffle son art de vivre à travers des soirées folles, qui mêlent musique électronique et arts visuels. Artistique autant que politique, l’objectif déclaré de la Mamba est de donner un nouveau visage à des espaces oubliées, inutilisées, ou mal-vues de cette ville labyrinthique aux milliers de gratte-ciels, mais aussi d’œuvrer pour la représentativité, des femmes, des transsexuels, des noirs, dans une ville qui souffre d’inégalités très fortes, d’un matchisme certain, et d’un sentiment d’insécurité auquel il est difficile d’échapper.

  Cela fait maintenant cinq ans que la Mamba fait bouger São Paulo, la dernière festa en date est celle du 28 mars 2018, dans un galpão (hangar) du Mooca, ancien quartier industriel, aujourd’hui délaissé. Le complexe de hangars date de 1912, on y parvient en longeant les longs murs ou parois des unités industrielles d’antan. Dès 14h les mains opèrent pour transformer en univers immersif ce hangar à l’architecture d’antan au sein duquel l’air secoué par les musiques acérées sent tant la liberté. Au-delà du choc auditif et spatial, c’est le visuel qui en prend un coup : le public est hétérogène, les styles extravagants et libres, des performances de drags et de transsexuels se déroulent sous les clignements épileptiques des néons. Côté musique il s’agit selon le collectif du fruit de la confrontation entre l’élecronique et l’acoustique, la minimale organique et percutante, et la tecnho mêlée à des rytmes africains et brésiliens. Un mois auparavant une autre fête avait eu lieu, dans une ancienne gare abandonnée, Los Trilhos, un espace ouvert dans lequel un train abandonné cohabite avec des arbes, d’anciens batîments, tandis que deux scènes se chargent d’enflammer le public, déjà chaud.

  Parmi les artistes programmées, le groupe Teto Preto, résident de la Mamba Negra, fait retentir la voix de Carneosso qui laisse un peu plus entendre cette touche brésilienne, psychédélique, spirituel et sans doute inspiré du mouvement Tropicalia. Puis de 9h à 12h on retrouve au platine, sous le soleil déjà bien haut de São Paulo, Badsista invitée à jouer au côté de Cashu.

Cashu, DJ née à São Paulo, ayant grandi dans cette ville retors de São Paulo, ne cesse de se réinventer, a séduit son public au sein des fêtes de rue du Centre de SP, en proposant une house industriel aux relents acides. Cela ne sert qu’à peu de choses de vouloir l’enfermer dans un style,  l’innovation et la surprise la caractérise, ainsi que la volonté de dépasser les attentes d’un public dont elle sait ressentir l’énergie et la passion. Engagée pour sa ville, cette ancienne étudiante d’urbanisme et d’architecture participe aux nombreuses autres fêtes qui rythment São Paulo, la Voodoohop, la Capslock ou encore la Vampire Haus. (video ci-dessous)

Au-delà des soirées organisées, la Mamba Negra a créé le projet Radio Virus, qui permet aux artistes de la scène électronique pauliste d’enregistrer des sets et d’avoir une visibilité. Une façon de plus de valoriser l’incroyable énergie de cette ville brésilienne à l’urbanité autant problématique qu’intense.

Cashu jouera pour la première fois en France, le 24 août au IBoat à Bordeaux.

 

ARTICLE ECRIT PAR ARTHUR LECOCQ