Pendant une semaine, La Frasque est au Printemps de Bourges pour vous faire découvrir ce festival hors norme. Petit nouveau cette année, la Spinnup Stage, au coeur de Bourges accueil les jeunes talents de demain pour une première expérience inoubliable.
Rencontre avec Scaffolder avant son passage sur la Spinnup Stage.

Comment es tu arrivé à la création de Scaffolder ? D’où vient le nom Scaffolder?
Probablement de par mes études en architecture. Jusque là, j’avais toujours fait de la musique par fascination pour le songwriting anglo-saxon ou par amour des grands thèmes orchestraux. L’architecture m’a énormément ouvert l’esprit et sensibilisé à divers arts visuels tels que le dessin, le storyboarding ou encore le production design. Ça m’a aussi fait prendre conscience de l’importance de la recherche et de l’expérimentation dans une démarche artistique. Par exemple, dans le choix des textures et de matériaux ou encore de l’intérêt de bien contextualiser en images une idée pour renforcer la qualité narrative d’une chanson. Ça a complétement changé la manière dont j’écris et compose aujourd’hui, et a naturellement donné naissance à ce projet.
Par rapport au nom Scaffolder, ça signifie simplement « monteur d’échafaudage » en anglais. Ça fait à la fois écho à l’influence qu’a eu mon parcours dans ma musique mais aussi à mon envie de rationnaliser mes pensées irrationnelles, finalement ça symbolise la métaphore d’une profession aérienne bien ancrée dans le sol.

Ou vas tu chercher ton inspiration ?
Souvent dans de longs moments d’errance où il ne se passe rien d’intéressant dans ma vie. Je suis le genre de personne assez timide et en retrait au quotidien, ce qui me permet de mieux piocher dans les choses qui m’interpellent autour de moi. Généralement ça dure quelques mois et ensuite je m’isole le temps qu’il faut pour synthétiser tout ça. Aussi, ça m’arrive d’acheter un nouvel instrument. Ce qui me permet de rendre l’expérience plus ludique. Ça devient un jeu très stimulant lorsque j’essaie de connecter des éléments qui n’ont de prime abord aucun rapport entre eux et que j’arrive à en faire un tout cohérent.

Tu définis ton style comme de la «Ghost’s pop », qu’est ce que cela signifie clairement ?
La Ghost’s Pop, ça signifie littéralement « la pop de Ghost ». Ghost est le nom du personnage principal d’un film que je suis entrain d’écrire depuis quelques années maintenant. Les chansons que je défends actuellement sur scène font partie intégrante du scénario de ce projet. Lorsque le film sortira, la signification sera beaucoup plus claire. Justement, j’essaie de donner du sens à mes idées en les inscrivant dans une fiction qui est, un minimum, romancée. Un peu comme les concepts albums de rock progressif, j’ai besoin d’inscrire ma musique dans une narration globale même si mes titres ne racontent pas une histoire chronologique. Etant donné que je ne viens pas du tout de l’école de la pop musique qui suggère d’enchaîner des morceaux dans un album sans nécessairement les lier. J’ai besoin de traduire des situations réelles en les fantasmant à travers une histoire imaginaire avant de pouvoir poser les bases de mes morceaux.
D’ailleurs, les rares albums de pop qui m’inspirent sont souvent des concepts albums. Je pense
notamment à « Hounds of Love » de Kate Bush qui est une référence très importante pour moi en terme de cheminement narratif.

Quelle est l’histoire qui se cache derrière ton dernier titre « Happy Funeral » ?
Le titre Happy Funeral est né de mon envie de faire à la fois une critique et un hommage de la médiasphère. C’était à l’époque où je lisais le livre « La Lutte Initiale » de Philippe Nassif, en 2013 je crois, livre dans lequel l’auteur expliquait de façon brillante comment l’on était passé de la pop culture au populisme culturel. En gros, que le développement du marketing avait façonné les critères de sélection de la médiasphère ; qui ont quant à eux, par effet domino, formaté les artistes et les nonartistes en nous faisant passer progressivement d’une société stimulée par le désir à une société nihiliste stimulée par la jouissance. Avec ce morceau, j’ai simplement voulu reprendre là où je pense que les choses ont clairement basculé dans l’histoire des arts populaires. Autrement dit : dans les années 80. J’ai essayé de confronter en musique le tiraillement qu’il existe aujourd’hui, dans notre génération, entre notre désir de persévérance dans l’être et nos envies de jouissance collective ; notamment à travers l’utilisation caricaturale des codes de la fast-food music mêlée à un songwriting très emprunt de nostalgie et de romantisme. Sans vouloir avoir l’air trop pompeux, c’est une sorte d’oxymore auditive. Une manière assez simple d’exprimer les paradoxes d’une génération qui aime à la fois le cinéma d’auteur et les blockbusters médiocres.

Comment en es-tu arrivé à jouer à Bourges ?
Il y a eu ce concours Spinnup qui a pas mal circulé sur les réseaux sociaux. La période des inscriptions coïncidait avec la date de sortie du morceau, alors on s’est dit avec mon équipe qu’on ne perdait rien à tenter notre chance. Les procédures d’inscription étaient très simples puisqu’il suffisait de poster un morceau de notre répertoire sur la plateforme Spinnup pour participer au concours. Au final, on a eu la chance d’être sélectionné par le jury qui a visiblement apprécié le morceau.

Que penses tu des scènes pour talents émergents comme Spinnup dans les gros festivals ?
Je pense qu’elles sont intéressantes dans la mesure où elles donnent l’opportunité aux musiciens de jouer devant un public qu’ils ne peuvent pas appréhender. La plupart du temps lorsque tu fais un concert, tu invites tes amis, les amis de tes amis, quelques contacts pros ou par le biais d’un plateau, tu invites des gens qui viennent supporter les groupes qui partagent la scène avec toi. Tu sais que la majorité des gens qui sont en face de toi ont déjà écouté ce que tu fais ; ce qui est plutôt rassurant. Lorsque tu fais un gros festival, c’est généralement que tu es déjà un minimum connu et attendu par pas mal de gens.
Par contre quand tu fais des scènes comme celles là, c’est très différent dans le sens où tu joues devant un public qui n’a jamais rien écouté de toi auparavant. Le challenge de devoir réussir à les emmener dans ton univers en quelques minutes est encore plus stimulant et très formateur pour les musiciens qui aiment la scène.

Quels sont tes projets et ambitions pour 2018 ?
On va sortir une live session un peu particulière  dans les jours qui viennent. C’est un projet qui se déploiera sur six mois environ. Ca fait un peu plus de deux ans maintenant qu’on bosse dessus et je suis très excité à l’idée de la diffuser. Sinon j’espère pouvoir commencer le repérage du film dont je t’ai parlé avant la fin de l’année mais ça ne dépendra pas que de moi.

Retrouvez Scaffolder sur la Spinnup Stage lors du Printemps de Bourges le vendredi 27 avril à 20h