"Underground" digne successeur de "Racines"

L’Amérique moderne est encore ravagée par les problématiques du racisme, de la xénophobie et du communautarisme. Cela est une évidence pour toute personne n’ayant pas la tête dans son cul. On ne cesse d’ailleurs de nous parler de la représentation des minorités raciales sur le petit ou le grand écran (#OscarsoWhite) qui exprime un problème profond hérité d’une colonisation et d’un traitement administré aux minorités qui n’est pas assumé par les élites blanches d’Amérique. Les mouvements sociaux et les films traitant de ces sombres périodes de l’Amérique se multiplient. Et soyons francs, beaucoup concernent les afro-américains qui sont les mieux lotis des mal lotis d’Amérique. Au-delà des découvertes historiques, il y a un réel besoin de relater de nouveau l’Histoire (avec un grand H) pour mieux prendre la mesure de l’indéniable xénophobie américaine.

Dans ce contexte, on découvre le début de la série Underground héritée de la mini-série Racines qui met en scène l’histoire, sur plusieurs générations, d’une famille d’esclaves afro-américains. Leur quotidien y est dépeint sans concession : travail forcé, viols, vente et séparation des membres d’une même famille… La série se place dans la Géorgie de 1857 et met en scène la création d’un groupe d’esclaves qui va tenter de s’évader d’une plantation pour rejoindre le « Nord » dans l’espoir de trouver la liberté à près de 1 000 kilomètres, et ce malgré la perspective d’un avenir guère plus glorieux de l’autre côté. Dans ce monde violent pour tous et particulièrement pour les esclaves (#captainobvious) un forgeron, Noah, incarné par Aldis Hodge, est notre point d’entrée dans le monde d’Underground.

"Underground" digne successeur de "Racines"

Le pilote, de très bonne facture, alterne habilement les différents styles d’intrigues et de rythmes. Ajoutez des décors particulièrement beaux du sud des Etats-Unis et vous obtenez Underground, un thriller d’une redoutable efficacité. La série ne se focalise pas sur la traite négrière, les plantations, mais se concentre avec une tension incroyable sur la tentative d’évasion de ce crew d’irréductibles. Les noirs étant considérés comme des propriétés, l’idée de traiter l’évasion du groupe comme une sorte de braquo, avec le besoin de former une équipe pour le succès de l’opération, se révèle être un angle inspiré et très efficace. L’ensemble est porté par une réalisation qui alterne entre intimisme et récit épique pour donner de la grandeur et de la profondeur aux événements.

Malheureusement, comme on s’y attendait dans ce type de contexte, quelques personnages caricaturaux cassent un peu l’ambiance. Très aseptisé, Underground permet de découvrir la vie dans une plantation sans vomir ses tripes ou pleurer (pour les plus fragiles). Ce choix du réalisateur est une véritable alternative à la série Racines dont le remake Roots a été diffusé il y a quelques semaine. En effet Roots est une sérié beaucoup plus intimiste, beaucoup plus dure car elle nous fait suivre le destin de plusieurs générations d’esclaves et surtout, Roots ne détourne pas les yeux de la traversée du milieu : voyage du village natal d’un captif à une plantation américaine (un enfer sur terre), marche de plusieurs mois, séparation des familles et personnes parlant la même langue, enfermement pendant des mois dans des cachots afin de tester leur résistance, viols, violence, traversée de l’océan à bord d’un bateau négrier, déjections et corps brûlants dans l’enfer d’une cale…

Le côté lisse de Underground n’enlève rien à la qualité de cette série et plus qu’une alternative, elle peut être considérée comme un complément à Roots. De Kunta Kinte à Noah X, le flambeau a été dignement passé. Cette série est une gifle qui rappelle une sombre époque pas si révolue, au pays de l’oncle Sam.