2003. Bonne cuvée pour le rap français. Le 113 s’amuse avec les Daft Punk, Diam’s s’éclate en jogging sur les dancefloors, Dadoo chante pour les Sales Gosses et le Doc publie un premier best-of signifiant au passage la fin de sa carrière. Terminé les chansons sur les deals et la vie de rue, le rap à la radio c’est avant tout la fête. Même les vieux de la vieille Sniper et IAM se permettent d’aller titiller le haut des charts. Bref les ventes d’albums sont au beau fixe et tout le rap hexagonal, pop et pépère, passe tranquillement de Skyrock à NRJ.

Tout ? Non. Un petit groupe perdu au fin fond du Val-de-Marne résiste encore et toujours à l’envahisseur. La Mafia k’1 fry, dont on attend le premier album depuis leurs débuts en 1995, sorte de dream-team du 9-4 soupapes place le triangle Orly Choisy Vitry tout en haut du rap jeu. Et quand ils s’allient avec les “fils de” du collectif en vogue Kourtrajme, ça explose de partout, dans un clip qui sent la sueur, le kebab et le vieux pilon de teuchi.

Ça commence par un petit tour sur le periph, et une entrée fracassante dans le 94. L’ambiance est posée. Des hurlements sur l’instru de Jakus, toute l’équipe en veste en cuir, petite baston contre un garage taggué, Rohff qui balance le refrain cash sans se poser de question son hymne aux touaregs du bitume, on n’est clairement pas là pour rigoler. La maréchaussée risque de ne pas kiffer ce clip : ça tape des roues arrières en scooter, ça respecte pas le mobilier urbain, et je veux pas poukav mais je crois bien avoir vu plus de drogues qu’à une soirée Canal. Bref c’est du brut, c’est le zbeul, c’est hardcore même quand ça galoche.

Don’t try this at home

Don’t try this at home

 Ça commence par Karlito. Visiblement le seul qui n’a pas reçu le mail avec le dress code de la journée, puisqu’il arbore un sale cuir marron. Petit Charlie, “200 % crevard trop puissant malin et rusé” nous confie sa passion pour les “charmantes” beurettes, précisant tout de même qu’il les préfère “épilées”. Too much information Karlito. Petit tapotage sur le bide par son pote OGB, encouragement à lever son majeur bien haut (quelques années avant Joke), emballé c’est pesé, gracias Karlito.

Pouce en l’air

Pouce en l’air

Ça continue avec Rim-K. Le padre du 113 pue le charisme. Posé sans pression sur une vieille bagnole, toute la tess derrière lui, Karim pose ses rimes tranquillement, zieutant d’une caméra à l’autre sans trop se faire chier pour le pauvre monteur qui derrière doit suivre le rythme. La foule est tarée, on l’entend à peine sous les cris et les bruits de motos, c’est pire qu’un journaliste en duplex devant un stade de foot. Et il en profite pour vanner IAM : “pour ceux qui kiffent la vraie funk, j’te parle pas du MIA”.

Sans transition, mon chouchou OGB. Visiblement pas trop gêné par les clichés, il nous accueille dans son kebab. Faut dire c’est avant tout un bon commercial, n’hésitant pas à placer sa pub pour son sandwich boulette-fritte à 4 euros. Subliminal. Mieux que Top Chef, notre Jean-François Piège du Val de Marne en profite pour nous faire une véritable leçon de cuisine, “velouté de kebab sur une nappe de sauce samourai”, devant des clients satisfaits (faut dire ils ne sont ni plus ni moins que Kim Chapiron et Romain Gavras les réalisateurs du clip, on peut donc supposer qu’ils se font inviter par le patron). Et n’oublions pas sa sombre prédiction: “j’vais pas passer ma vie à jouer le sparring partner”… Un peu quand même non ?

Ketchup mayo sans oignons chef ?

Ketchup mayo sans oignons chef ?

Et vl’a l’intello de service, Rohff. Filmé “à la Antoine de Maximy”, caméras braquées sur lui, notre explorateur des cités se balade dans son supermarché, n’oubliant pas de nous montrer son sourire “Vanessa Paradis”. Sans déconner on peut raper “pour ceux qui n’ont plus de chicos sur le côté” mais là c’est carrément le désert. Notre petit filou en profite pour nous donner une leçon de féminisme, avec son désormais célèbre “Pour les pucelles, celles qui puent pas d’la chatte des aisselles, Qui prennent soin d’elles, font la cuisine, la vaisselle”. Sa mère appréciera.

Difficile d’enchaîner après ça. Dry, le “Thuram du 94” s’y colle, et non sans talent. Bien plus cool que son prédécesseur, il a le smile, s’amuse à faire semblant de “baiser une PS2”, montre ses potes qui dansent, et même qui font du kick-boxing, bref enfin un mec avec qui on a envie de passer une chouette soirée.

Capture d’écran 2015-05-28 à 17.32.56

I like to move it move it

AP, c’est le solitaire. Sorte de Baudelaire des cités. Tout en haut, il scrute l’horizon, les yeux tournés vers le bled, plein de spleen et de saudade, la larme à l’oeil, le coeur lourd. Il n’hésite pas à nous montrer les gamins, les vieux, les handicapés, les mecs qui regardent “les faits divers de leur fenêtre”, bref ces oubliés des cités, plus discrets mais bien présents. Et en profite pour caler un message politique : “24/7 envers nous l’état à des dettes”.

L’autre poète de la bande, Manu Key, reste dans le même délire. Le regard caché derrière la casquette, les feuilles qui volent autour de lui, il apporte un peu de finesse dans ce clip de brutes. On en profite au passage pour montrer Mokobé, qui ne pose pas sur le morceau mais qui fait sa Clara Delevingne, regard de braise de sortie, pour nous vendre le blouson brodé Mafia k’1 fry, en solde sur mafiak1fry.com. Bref on est à la cool, jusqu’à… Bah jusqu’à l’arrivée de l’autre débile de Rohff. Toujours dans les mauvais coups.

Capture d’écran 2015-05-28 à 17.33.54

Dior, j’adore

On termine en beauté, avec Demon One, AKA le mec que t’as pas envie de croiser tard dans la rue. Pour le coup les chicos en moins il connaît, ambiance plus crackhead que Yannick Noah. Le charmant “Demon” a une passion, peu commune il est vrai, et pas très “cute cute” : les pittbulls. Il avait pas à se sentir obligé de nous la faire partager, mais il insiste, d’autant qu’il ne les a visiblement pas nourris depuis quelques années à en croire la bave qui coule de leurs lèvres. L’ambiance est sympa, on balance des pitts sur un pauvre type qui se barre en courant, on en profite pour courageusement le savater un coup par terre, bref les mecs agissent comme un véritable office de tourisme du Val de Marne, montrant la richesse des activités disponibles dans le département.

30 millions d’amis

30 millions d’amis

Peu de clips marquent autant que “Pour Ceux”. Blague à part, ce clip est une grosse tuerie, brute, réelle, violente mais attachante, plus efficace que pas mal de palabres. Wesh wesh cousin.