Drake-Views-promo-photo

Avec Views, Drake nous donne envie de tout plaquer et partir à Toronto, de rappeler notre mère qui nous a déjà laissée 5 messages sur notre répondeur, et d’enfin oser dire “je t’aime”. Retour sans aucune objectivité sur un album policé par un artiste polisson.

Views-Drake

Quand y’a pas de Arlequins dans le Uber

Views, dans la veine de Nothing Was The Same

Qu’il est bon d’être une groupie de Drake. Un peu comme un supporter de Leicester en 2016, on sait qu’on est en train de vivre ses meilleures années artistiques. Qu’à un moment il va baisser de niveau, qu’il va sûrement avoir envie de retourner à la comédie et nous infliger un navet sans nom, qu’il va se lancer en politique pour devenir le maire de Toronto, bref tout peut s’arrêter très vite.

On attendait beaucoup de Views. Et même si l’album n’est sorti que depuis une semaine, on peut dire qu’on est pleinement satisfait. Déjà, premier enseignement : on a bien la confirmation que If You’re Reading This It’s Too Late était une (bonne) compilation de faces-b, une simple mixtape de fan-service, et pas un album. Le vrai Drake, celui qui bosse, celui qui se dévoile et donne tout, ce n’est pas celui là. C’est celui de Nothing Was The Same, de Take Care, ou ici de Views.

Deuxième enseignement, Drake arrive à se réinventer, à s’ouvrir à de nouvelles sonorités, sans changer une méthode qui marche. 40 ou Boi1da, producteurs de longue date, sont toujours de la partie. Mais le canadien s’est aussi entouré de son duo de protégés Majid Jordan, et excusez du peu de Kanye West. U With Me, fruit de cette collaboration ambitieuse, a toute sa place dans la “grammaire” classique de Drake, tout en apportant une dimension vocale toute neuve, comme en témoigne l’envolée en fin de morceau, nouveauté chez Drake.

Enfin troisième enseignement, la pression n’a définitivement aucune prise sur le Canadien. Nothing Was The Same est un de ces très rares albums “classique instantanés” qui n’a aucun raté. Aucun morceau qu’on zappe parce que bon, bof. Drake aura attendu 3 ans pour proposer une suite, c’est long, mais l’attente vaut le coup : l’album n’a pas à rougir de la comparaison. L’avenir nous dira s’il restera autant dans les mémoires, mais pour l’instant Drake continue son sans faute.

Drake, good guy à l’arrogance tranquille

Drake n’est et ne sera jamais un bad boy. On sent qu’il est gêné quand il parle de fumer un joint. Il explique d’ailleurs dans Still There que I don’t need no pill to speak my mind. Qu’il n’est pas crédible quand il nous explique que On some DMX shit I group DM my exes.

Drake est le mec qui poste des photos de sa mère sur Instagram, passe la Saint Valentin avec une de ses anciennes profs qui a toujours cru en lui, et doit probablement même baisser la cuvette des toilettes après avoir pissé. Dans Views, il cultive son image de gendre idéal, de mec bon à marier avec qui les mecs rêvent de regarder un match de basket et les meufs de passer une soirée aux chandelles.

Une fois de plus, Drake assume sa fragilité. C’est un mec comme tout le monde, qui a des hauts et des bas avec sa meuf, s’engueule avec ses ex et rêve d’un futur d’amour et d’eau fraîche. Et il nous raconte ses galères, ses bonheurs et ses déceptions, sans filtre : All of my « let’s just be friends » are friends I don’t have anymore dans Keep the family close, I think I’d lie for you dans Controlla, et même quelques références à sa mère comme dans Pop Style, Tell my mom I love her if I do not make it. C’est le good guy, le mec certes un peu queutard, mais au fond adorable. Loin des autres rappeurs actuels, il n’a pas besoin de jouer, de prétendre, il est l’ancien de Degrassi, et rien à foutre si ça ne vous plaît pas.

Mais la nouveauté de Views, c’est peut-être cette confiance en soit qui transparaît dans tout l’album. Pas besoin de gonfler les muscles, ou d’insulter ses adversaires : Drake est au dessus, très au dessus, il contemple le rap-jeu du haut de son trône, sans trop en faire, sans trop en dire. Il explique dans Hype que Views already a classic, et que They love to talk Me, I’m just done in the hype : sans aucune pression, Drake affirme sa supériorité, si flagrante et évidente qu’il n’a pas besoin d’en rajouter. L’arrogance tranquille.

Drake-Views

Relationship goal

Drake maître du monde

On vit quand même une belle époque. En quelques mois sont sortis les albums : de Beyoncé qui est tombé sur le Malcolm X de Spike Lee (et une gow dans le lit de Jay-Z) ;  de Rihanna qui décide de faire son album et pas celui de ses multiples producteurs ; de Kanye West qui réinvente jusqu’au concept même d’album ; de Kendrick Lamar qui décide de vider son disque dur ; de Future qui sort sa 72ème mixtape en 3 ans ; et maintenant Drake. On est seulement au mois de mai, et il faudrait le double de temps pour digérer tout ça. Si Frank Ocean sort de son silence, pas sur que nos petits coeurs vont tenir.

J’avoue ne pas avoir trop pigé le running gag à la sortie de l’album, sur le thème “écoute le dernier album de Drake et t’auras trop envie de te remettre avec ton ex”. Nothing was the same donnait clairement envie d’avoir une relation très longue avec une jeune fille bien, lui faire le petit-déjeuner tous les matins et lui offrir des fleurs le samedi avant d’aller prendre l’apéro chez ses parents. Views est plus varié, et plus bordélique aussi que NWTS, que ça soit en terme de prod., de flow ou de thèmes abordés ; passer de One Dance ou Controlla à Faithfull et Grammys risque de déstabiliser votre partenaire.

Drake n’est plus un rappeur. Il a ses projets parallèles avec Future, Big Sean, Kanye West ou The Game pour ça. Drake ne fait plus de R’n’B. Il n’a plus le temps, plus l’envie, et il a formé Majid Jordan pour prendre sa relève. Drake a plié le game ; que faire alors quand on n’a plus d’ennemi à sa hauteur ? Tout réinventer, tout fusionner. Drake est au delà des genres, au delà des styles. Il fait du jazz, il s’inspire du dancehall, il chante, il rappe, il susurre, il rend moite et fébrile tout ce qu’il touche. Une seule crainte alors : maintenant qu’il domine de la tête et des épaules le game de la musique avec OVO, que va-t-il lui rester ? Contrôler le monde ? Comme disait feu Thierry Roland, “je crois qu’après ça peut mourir tranquille, enfin le plus tard possible”.

Drake-Views

Et quel est notre projet Drizzy ? CONQUÉRIR LE MONDE MINUS !